
Par Antoine Gresland
Prix conseillé : 9800 euros
Durée du test : 10 jours
Date de publication : octobre 2009
Pour faciliter la lecture, l’article est divisé en plusieurs parties accessibles d’un clic :
Introduction
1/ Un lecteur CD pensé comme une platine vinyle
Pourquoi une mécanique de lecture DVD-ROM ?
2/ Le convertisseur : des solutions originales au service de la neutralité et de la musicalité
3/ Une écoute d'une séduisante transparence !
En conclusion
Fiche technique
Avec l’avènement de la musique dématérialisée, on aurait pu penser que le règne du CD sur le monde de la haute-fidélité d’exception touchait à sa fin. Seulement voilà : lorsque l’on possède une très vaste collection de petites galettes irisées, il est toujours difficile de les laisser dormir dans leur pochette, surtout lorsque celle-ci fait preuve d’originalité et renseigne mieux que n’importe quelle interface utilisateur sur ceux qui sont responsables de sa création et de sa conception. Plus encore, débarrassé des impératifs commerciaux du marché de masse, le CD laisse toujours l’opportunité aux ingénieurs les plus inventifs et les plus malins d’aller chercher l’ultime performance. Ce petit plus qui fait que 30 ans ou presque après l’arrêt de la production de masse du vinyle, ce média, écouté sur une platine de haut de gamme, reste toujours prisé des mélomanes qui recherchent avant tout le plaisir musical, quitte à délaisser le côté pratique du CD, voire d’un programme de gestion de base de données musicales.
Le lecteur CD Neodio NR 22 est l’aboutissement de longs mois de recherche et de mise au point et se présente comme le haut de gamme du constructeur, en intégrant dans un même boîtier le transport et le convertisseur le plus abouti qu’il ait réalisé à ce jour. L’appareil, d’une séduisante simplicité, propose deux sorties analogiques, symétrique et asymétrique, une sortie numérique S/PDIF sur fiche RCA et un port USB qui permettra de profiter des qualités de son convertisseur sur les fichiers musicaux stockés sur un ordinateur.

1/ Un lecteur CD pensé comme une platine vinyle
Stéphane Even, le créateur de Neodio et concepteur du NR 22, fait partie de ces ingénieurs qui ont tout investi dans leur passion pour la reproduction musicale. Un pur, un vrai, qui s’appuie moins sur un quelconque plan marketing que sur l’intuition et le savoir-faire qu’il a développé avec le temps pour mettre au monde des machines qui lui ressemblent. Efficacité, élégance, et surtout, fidélité ! Ça tombe bien, c’est exactement les qualités requises pour concevoir une machine musicale !
Dès lors, il n’est pas étonnant de retrouver un certain nombre de principes chers aux platines vinyle dans sa manière d’envisager la lecture CD. Stéphane Even explique : « Qu'est-ce qui fait la qualité d’une bonne platine vinyle ? Le soin apporté à la problématique vibratoire interne, le moteur d’entraînement, les frottements, mais aussi aux difficultés externes et en particulier les vibrations sonores captées par voie aérienne et solide qui sont susceptibles de perturber la lecture. Pour un lecteur CD, c’est la même chose : le niveau de vibration généré par les moteurs chargés de la rotation du disque, de la translation du chariot porte-diode et d’asservissement de la tête de lecture est suffisamment important pour perturber la totalité de la machine au travers d’effets mécaniques et électriques complexes. Par exemple, le quartz de l’horloge de référence qui gère les informations numériques est par essence un élément sensible aux vibrations, de même que les condensateurs céramiques de découplage des circuits intégrés.»

Sur le NR 22, le travail de collecte et de dissipation des vibrations commence bien évidemment par la mécanique DVD-ROM qui est prise en sandwich entre des plaques de PMMA, alias : Plexiglas, et un matériau amortissant qui ressemble fort à du liège ! L’ensemble mécanique et électronique vient prendre place dans un châssis dont la structure utilise plusieurs matériaux différents reposant sur trois pieds semi-flottants, alors que le capot est constitué d’un sandwich de 8 mm d’épaisseur sur trois couches. Cinq matériaux différents entrent ainsi dans la composition mécanique du NR 22 afin de récolter et dissiper au mieux les vibrations. Ce soin du détail consiste aussi à utiliser de l’aluminium au lieu de l’acier dans toutes les parties métalliques du châssis pour réduire la masse à amortir tout en profitant de la caractéristique amagnétique du matériau. Stéphane commente : « Un aspect important de cette problématique vibratoire réside dans le choix des matériaux et la quantité utilisée. Une croyance générale du monde de la hi-fi voudrait que plus un produit est lourd, meilleur il est. Nous savons bien que c’est faux pour les  platines vinyle. Il ne suffit pas de faire lourd pour qu’elles sonnent bien. Quand on alourdit une structure, on déplace généralement les modes vibratoires vers d’autres fréquences sans pour autant les faire disparaître ! Il faut prendre en compte que nous avons à traiter des vibrations qui peuvent couvrir un très large spectre. Les matériaux plastiques, comme le PMMA ont des modes vibratoires qui ne sont pas ceux des métaux et réciproquement. En mariant plusieurs matériaux et en faisant usage d’un bon amortissement, on aboutit à une structure de châssis doté d’une signature vibratoire bien répartie en fréquence, ce qui concourt à l’obtention d’un son plus neutre.»
Pourquoi une mécanique de lecture DVD-ROM ?
Certains s’étonneront peut-être de voir un lecteur de CD de ce niveau de gamme équipé d’une mécanique DVD-ROM. Il est vrai que le premier contact avec le NR 22 passe par un tiroir en plastique d’aspect assez commun qui tranche avec ce que l’on peut trouver sur des machines même moins ambitieuses. Seulement voilà : les fournisseurs de mécaniques de lecture dédiées exclusivement au CD ont tendance à disparaître (il n’en reste que deux aujourd’hui), alors que Philips et Sony, qui sont à l’origine de ce support, ont depuis longtemps cessé de s’intéresser à cette technologie « obsolète ». En revanche, les DVD-ROM sont rattachés à un standard informatique bien implanté et toujours en production chez plusieurs fabricants bien identifiés. Or, il est essentiel que l’audiophile qui débourse plusieurs milliers d’euros dans une machine puisse compter sur un service après-vente digne de son investissement.
Mais ce n’est pas tout ! Les performances sonores d’une mécanique DVD-ROM se révèlent supérieures aux mécaniques CD sur de nombreux critères, par le fait que la lecture asynchrone des informations numériques (à opposé à la lecture linéaire d’une mécanique CD) implique une mémoire tampon qui découple naturellement la lecture du flux numérique destiné au convertisseur. Il faut dire aussi que la technologie embarquée dans un lecteur de DVD-ROM est de 15 ans plus récente que celle d’un lecteur CD audio. Le DVD a la capacité de lire environ huit fois plus d’informations qu’un CD, grâce notamment à un laser rouge intrinsèquement plus précis que le laser infrarouge utilisé par une mécanique CD, sans parler de sa vitesse de rotation.
Enfin, une mécanique DVD-ROM offre au concepteur la liberté de créer un logiciel de pilotage et une interface homme-machine totalement originale, afin de proposer une meilleure convivialité à l’utilisateur.
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2/ Le convertisseur : des solutions originales au service de la neutralité
Comme on pouvait s’en douter l’attention de Stéphane Even et de son équipe s’est portée sur la réduction du fameux jitter, cette distorsion temporelle du flux d’informations pouvant ruiner tous les efforts consentis ailleurs pour améliorer la lecture des informations.
À la base, le NR 22 est équipé de 3 circuits intégrés de chez Crystal : un circuit de réception des informations numériques, suivi d’un upsampler asynchrone, qui va surréchantillonner le flux 16 bits – 44,1 kHz en sortie de la mécanique sur 24 bits – 192 kHz, puis d’un convertisseur N/A fonctionnant sur les mêmes paramètres. Cette solution bien connue, si elle ne change pas, bien évidemment, la résolution du signal, a pour avantage de grandement simplifier le filtrage de l’étage de sortie (chargé d’éliminer les résidus haute fréquence de la conversion) dont la fréquence de coupure est rejetée bien au-delà de la bande passante de l’oreille humaine, à savoir 20 kHz, évitant ainsi les rotations de phase dans l’extrême aigu qui dégradent la qualité des timbres et l’image stéréo.
Dans un lecteur de CD, la réduction du jitter passe aussi par une implantation soignée des composants afin de rapprocher les circuits de conversion de l’horloge de référence. C’est la raison pour laquelle Neodio a choisi d’utiliser un circuit upsampler asynchrone, le convertisseur recevant un flux numérique uniquement cadencé par l’horloge de ce dernier, implanté dans le NR 22 au plus près du convertisseur.
L’horloge en elle-même est un modèle analogique tout à fait particulier, que Neodio est sans doute le seul à utiliser. La plupart des constructeurs de lecteurs CD implantent dans leurs produits haut de gamme des horloges à quartz de haute précision pour réduire le jitter. Ce que l’on ne dit pas, c’est que ces horloges qui offrent sur le papier des précisions extrêmes – quelques PPM (Partie Par Million) de dérive – sont sensibles aux variations de l’alimentation et aux vibrations. Du coup, la fréquence de ces horloges, bien que très stable sur le long terme, est modulée en permanence par ces influences extérieures. Comme l’explique Stéphane Even : « Il y a ici confusion entre la stabilité à long terme qui n’est pas réellement un problème en audio, et l’absence d’effet microphonique, qui lui, est crucial ! Le seul remplacement d’un quartz classique par notre horloge analogique produit une sensation de recul de la scène sonore et d’absence de stress immédiat. »
 L’expérience de Stéphane Even dans le développement des capteurs industriels et la compatibilité électromagnétique l’a aussi amené à utiliser au maximum les composants de surface (CMS), afin de permettre une implantation très dense, réduisant d’autant le trajet du signal et le jitter. Cette démarche se retrouve au niveau de l’étage de sortie, qui utilise un seul amplificateur opérationnel (les deux canaux dans le même boîtier) autour d’un schéma simple et extrêmement compact. L’amplificateur opérationnel utilisé est un modèle de dernière génération avec une bande passante ultra large (100 MHz !), vu son utilisation et un niveau de bruit excep- tionnellement faible. Il apporterait à l’écoute une impression de neutralité et de transparence supérieures aux références couramment utilisées en audio.
 Au-delà de l’aspect purement technique, le NR 22 a fait l’objet d’une mise au point à l’oreille de plusieurs mois, le temps d’effectuer des centaines de comparaisons entre différentes technologies de composants, différents types de câblage, afin de tirer parti au maximum des circuits du convertisseur. Un point en particulier a retenu l’attention de l’équipe de Neodio : la ligne de masse qui relie les différents circuits entre eux, véhiculant du même coup les perturbations de l’un à l’autre. Stéphane argumente : « Dans une chaîne hi-fi classique, il y a souvent un lien direct entre la masse du transport, celle du convertisseur, la masse de l’amplificateur et la borne ‘moins’ des enceintes, le tout baignant dans une belle soupe électromagnétique (téléphone, Wi-Fi…). Il en découle des effets d’accrochage et de couplage haute fréquence qui nuisent à la précision de la conversion numérique analogique. »

Un gros transformateur torique est toujours une source de vibration importante. Celui du NR 22 est littéralement attaché par des sangles au châssis, pour éviter le traditionnel boulon placé en son centre. Monté relativement lâche, il repose sur une épaisseur de liège pour éviter tout contact direct avec le fond de l'appareil.
Comme vous l’aurez aisément remarqué si vous êtes arrivé à ce point de cette explication technique, Stéphane Even n’a donc rien négligé pour aller jusqu’au bout de son propos : construire le meilleur lecteur de CD possible dans sa gamme de prix. Restait à vérifier sur le terrain que son entreprise est couronnée de succès !
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