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Test : amplificateur Karan KA S 450


Une nouvelle référence dans le monde
de l'amplification à transistors



par Antoine Gresland





Durée du test : plusieurs mois (l'appareil est encore chez moi...)

Prix : 20 000 euros

Date de publication du test : octobre 2008

Pour faciliter la lecture, j’ai divisé l’article en quatre sections :

1/Un voyage en Serbie à la rencontre d'un appareil hors du commun
2/Conception et caractéristiques techniques
3/Écoutes extensives
4/Découverte des blocs monophoniques KA M 1200

Vers la fiche technique




1/ Une rencontre hors du commun avec un magicien serbe de l'audio


Dans le monde de la haute fidélité comme dans tous les domaines dominés par la passion, il y a des rencontres qui marquent tout particulièrement.
J’ai rencontré Milan Karan (et ses amplificateurs) l’année dernière, à l’occasion d’un voyage à Novi Sad, à la frontière de la Serbie, accompagné par mon ami Franck Tchang. Il faut imaginer un géant de presque 2 mètres venu nous accueillir avec chaleur à l’aéroport de Belgrade, pour nous embarquer à toute allure dans une Volvo à peine assez spacieuse pour le laisser conduire, en direction de son quartier général : une petite échoppe qui abrite son bureau (qui se trouve être également son auditorium) et le petit atelier en sous sol où il fabrique à la main tous les appareils qui portent son nom.

Quelle ne fut pas ma surprise d'y découvrir quatre hautes colonnes de fabrication maison, abritant pour deux d’entre-elles quatre médiums et deux tweeters Scanspeak Revelator, les deux autres recevant chacune quatre 28 cm de la même marque pour jouer le rôle de caisson de grave, le tout dans un espace ne dépassant pas 25 mètres carrés ! Derrière elles, un rack d’électroniques peine à trouver sa place. Il arbore tout de même une base de lecture CEC profondément modifiée, ainsi que le convertisseur et le préamplificateur fabriqués par Milan Karan, ce dernier appareil étant relié en symétrique à un monstre de près de 80 kg baptisé sobrement KA S 450. Sur la photo, vous pourrez voir qu'il jouxte un deuxième amplificateur identique, lui aussi dépourvu de face avant, chaque appareil sortant de l’atelier de Milan étant vérifié, mesuré, et écouté individuellement avant d’être envoyé au client.


La médiocrité de la photo s'explique par le manque de recul, de lumière... et par l'excitation du photographe saturé de café serré à la mode Serbe ! Elle permet tout de même de se faire une idée du système de référence de Milan, constitué autour de ses électroniques et de quatre colonnes "maison" d'un mètre soixante de haut équipées de haut-parleurs Scanspeak



C’est là, dans cet espace improbable, au milieu d’un pays où il est aussi difficile de trouver un revendeur de matériel HiFi qu’une aiguille dans une botte de foin, que j’ai découvert une gamme d’électroniques, et plus particulièrement un amplificateur, qui allait durablement secouer mes certitudes d’audiophile et mes oreilles de mélomane, ébahies par tant de naturel, de contrôle et d’expressivité.
Dopé à l’expresso dont Milan est un grand amateur, j’ai écouté des heures et des heures de musique sur ce système hors du commun. En redécouvrant la sensualité d’une voix, la puissance illimitée d’un orchestre symphonique, le timbre d’un piano ou d’une guitare saturée, j’ai compris que je me trouvais en face d'une chose de rare, extraordinaire. Le fruit d’une passion et d’un savoir faire peu communs, capables de pousser un homme généreux et sensible à concevoir des appareils sans concession, dans un pays où la guerre civile a pourtant fait rage pendant de nombreuses années.

Depuis, j’ai eu l’occasion de passer des centaines d'heures en compagnie du Karan KA S 450, et de le mettre à l’épreuve du feu sur des enceintes très différentes, de la Dynaudio C2 jusqu’à la B&W 802D en passant par la Vénus Acoustic Cassiopée II (une enceinte créee par un jeune constructeur français dont j’aurai l’occasion de vous reparler sous peu), les Apertura Altra, et bien d'autres encore... sans oublier mes enceintes personnelles : les Linn Akurate 242. À chaque fois, j’ai été impressionné par ce que cet appareil était capable de faire. Il en faut pourtant beaucoup pour m’impressionner, car j’ai eu le plaisir d’écouter de nombreux amplificateurs de très haut de gamme qui m’ont fait frissonner des oreilles aux pieds, aussi bien par leur capacité dynamique que par leur facilité à exprimer toutes les nuances de la modulation.

Mais avec le Karan, il s’agit encore d’autre chose. L’écouter, c’est un peu prendre une leçon de musique, redécouvrir l’expressivité, les timbres et la puissance d’une interprétation sans jamais tomber dans une écoute « audiophile ». En ce sens, cet appareil pourra en désorienter certains par son absence de coloration systématique, de grain caractéristique ou de cette « volonté de démontrer », caractéristiques de certains gros systèmes pourtant censés tutoyer la neutralité absolue.


2/ Une conception et des caractéristiques exceptionnelles au service d'une puissance maîtrisée

Il faut dire que Milan n’a pas lésiné sur les moyens pour obtenir ce qu’il voulait de ses amplificateurs. Le schéma qu’il utilise, entièrement symétrique, a été peaufiné année après année, pour présenter des caractéristiques techniques et musicales en tous points exceptionnelles. Notre géant n’a pas hésité à réaliser des dizaines de circuits imprimés pour trouver le meilleur compromis entre un trajet de piste le plus court possible et celui qui risquerait de compromettre l’intégrité du signal (en passant un peu trop près d’une alimentation ou d’un composant susceptible de rayonner.


Karan sous-traite la réalisation des circuits imprimés de ses appareils auprès des meilleurs fournisseurs de l'industrie. Ceux du KA S 450 sont plaqués or et bénéficient donc de l'expérience extensive de Milan en matière de trajet du signal.


Le mot "compromis" ne fait pas partie du vocabulaire technique de Milan Karan, comme le démontre assez bien la gigantesque alimentation qui sert de réservoir d’énergie à cette bête de course de 80 kg. Il faut dire qu’en matière d’alimentation, Milan en connaît un bout, puisqu’il poursuivait, avant la guerre qui a secoué son pays, une brillante carrière d’ingénieur électronicien chez Siemens A.G., dans le département de conception des alimentations des appareils médicaux. Un domaine dans lequel on ne rigole pas avec la stabilité du courant !



Les quatre condensateurs de l'alimentation du KA S 450 sont réalisés sous cahier des charges après prototypage. Ils totalisent 188 000 µF de filtrage. De quoi voir venir !


Comme Milan voulait obtenir une très forte puissance en classe A, il a dû recourir à deux monstrueux transformateurs toroïdaux de 1500 VA chacun qui alimentent les deux canaux d’amplification du 450, dans une configuration double-mono à 100 %. Milan relie en effet cette alimentation au secteur par deux cordons à embase IEC, un par transformateur, afin de maximiser les chances de récupérer l’énergie nécessaire au fonctionnement optimal de l’amplificateur. Les deux transfos sont ensuite filtrés par des condensateurs de très forte valeur (réalisés sous cahier des charges spécifique pour offrir une très faible tolérance et une capacité de décharge instantanée ultra-rapide), de manière à ne pas brider les performances de l’étage de sortie.
Suivent encore huit étages de régulation en courant (destinés aux premiers étages d'amplification de tension), conçus de manière à présenter une très faible inductance vis à vis des circuits alimentés. C'est le gage d’une stabilité inconditionnelle, même sous forte charge capacitive.
Quant à l’étage de puissance, il ne laisse aucun doute quant aux capacités exceptionnelles de l’appareil, puisqu'il fait appel à dix paires de transistors Sanken RET par canal, polarisés en classe A, et s'avère capable de délivrer 450 Watts / 810 Watts / 4 Ohms, et encore près de 1500 Watts / 2 Ohms !
Comme Milan voulait s’assurer de la pérennité et de la fiabilité de son œuvre, il a choisi de concevoir un circuit à bias dégradé qui s’adapte à la puissance demandée et permet d’obtenir une température de fonctionnement très convenable lorsque toute l’énergie disponible n’est pas nécessaire. Une heureuse initiative quand on connaît le taux de survie des composants, et notamment des condensateurs, au sein du châssis surchauffé d’un amplificateur fonctionnant en classe A !


Le signal entre dans l’amplificateur en mode symétrique ou asymétrique, via de magnifiques fiches RCA WBT Nextgen et XLR Neutrik. Sa version amplifiée en sort sur des borniers WBT de gros calibre


Pour le reste, il suffit de dire que la fiche technique du KA S 450 annonce des performances exceptionnelles dans tous les domaines. Malgré sa puissance considérable, il promet une réponse en fréquence tenant dans 3 dB, s'étendant du courant continu jusqu’à 300 kHz, un rapport signal/bruit supérieur à 112 dB/8 ohms et surtout un facteur d’amortissement que Milan annonce avec fierté supérieur à 10 000/8 ohms ! De quoi filer des complexes à bien des amplificateurs beaucoup plus renommés… Mais tout cela ne serait rien, comme j’ai souvent eu l’occasion de le constater, si le résultat n’était pas au rendez-vous. Or le KA S 450 est l’un des amplificateurs les plus attachant qu’il m’ait été donné d’entendre, tant il respecte la sensibilité des musiciens et reproduit avec une aisance surnaturelle la moindre inflexion du signal à bas comme à très fort niveau.


3/ Une écoute saisissante de musicalité et de réalisme

Sa leçon de musique, cet amplificateur la donne d’abord à travers une neutralité et une homogénéité sans faille, une façon de s’effacer devant le contenu du disque qui laisse présager de nombreuses heures d’écoute dans une perpétuelle redécouverte d'enregistrements même bien connus.
Il suffit de quelques minutes pour comprendre que le KA S 450 ressemble à son créateur : une force considérable harnachée dans un physique de géant, alliée à la sensibilité et à la délicatesse d’un cœur plus que généreux.
Difficile dans ces conditions de s’en remettre à une explication rationnelle et audiophile alors que la musique et l’émotion emportent immédiatement l'auditeur vers le plaisir que nous recherchons tous à l’écoute d’un système de très haute-fidélité. D’une certaine manière, le Karan semble si solide et si peu perturbé par la charge qu’on lui oppose, que les enceintes s’expriment avec une liberté inouïe, recréant avec précision et facilité le message qu’on leur adresse. L’impression de puissance est telle que le système semble ne plus avoir de limite, et c'est dans ces conditions qu'un transducteur donne le meilleur de lui-même.

Pourtant, ce n’est pas tant la puissance brute, que l’on retrouve sur d’autres amplificateurs même plus prestigieux, que la manière dont elle s’exprime qui fait toute la différence. Contrairement à la plupart des amplificateurs à transistors très puissants, le Karan se montre en effet d’une délicatesse et d’une fluidité hors du commun dans le haut du spectre, aussi bien à bas qu’à fort niveau, et ce quel que soit l’enceinte sur laquelle il est branché. La bande passante apparaît dénuée de tout phénomène de dureté qui ne serait pas contenu dans le signal. Le médium aigu est si naturel et si transparent (à la fois précis, doux et cohérent) que les voix acquièrent une présence et une matérialité qui touchent directement le cœur de l’auditeur. Et puis bien sûr, il y a ce grave, ce soubassement totalement intégré, ferme et modulé jusques aux tréfonds du spectre, qui repousse les murs de la pièce et donne une épaisseur holographique à tout bon enregistrement. Le Karan abolit d’un coup de ses transistors magiques toute frontière entre l’auditeur et la musique, à travers des capacités dynamiques insensés, jouant des muscles pour rendre la montée d’un orchestre symphonique, les déferlements de décibels d’un concert des Stones ou la compression sauvage d’un album de Madonna, avec un aplomb et une énergie propre à clouer sur place le plus incrédule. Tout est là, grandeur nature, sans compression, jusqu’à des niveaux à peine avouables. Et les enceintes ne semblent même pas souffrir, tellement le Karan contrôle précisément les débattements des haut-parleurs.

Car vous l’aurez compris, le KA S 450 n’a rien d’une brute épaisse, bien au contraire. Il se contente de reproduire avec fidélité la moindre inflexion du signal, les attaques avec une dynamique respectée et la bande passante dans son intégralité sans caricature ni faux semblant. Le revers de la médaille de cette transparence se trouve au niveau de ses compagnons de fortune ! Inutile de penser pouvoir jouir de son intégrité si le reste du système n’est pas au niveau. À commencer par la source, qui devra être toute aussi informative que naturelle. Mais il paraît évident que l’on n’achète pas un tel amplificateur (dont le prix français est tout de même de 20 000 euros) pour l’associer à un lecteur Philips 723, même modifié, ou à un préamplificateur et des enceintes de bas de gamme.
Pourtant, paradoxalement, malgré son prix considérable, le Karan KA S 450 apparaît comme une bonne affaire dans le petit monde des amplificateurs sans concession. Car, dans l’absolu, peu d’appareils, quels que soient leurs qualités et leur pédigrée, peuvent rivaliser avec cet équilibre magique et cette puissance quasiment illimitée. Et en général, ces élus coûtent plus cher encore que le Karan.



4/ Découverte des blocs monophoniques KA M 1200

Mais Milan a pensé à tout, à ceux qui ne se contentent que de l’absolu, en concevant les blocs de puissance monophonique KA M 1200 qui délivrent…1200 Watts ! Je n’ai pas eu la chance de les écouter aussi longtemps et sur autant d’enceintes que le KA S 450, mais ce que j’ai entendu chez Franck Tchang me confirme dans l'idée que ces électroniques sont véritablement exceptionnelles, à défaut d'être abordables !


Je sais, la photo n'est pas très nette... Sans doute l'émotion face à une telle débauche de matériel ! Devant les blocs mono KA M 1200, vous remarquerez la platine TD Kuzma Stabi XL et son bras tangentiel Air Line


Sur un système composé de l'ensemble de lecture sans compromis DCS Scarlatti, du préamplificateur Karan KA L REF et des nouvelles enceintes Acoustic System Tango, j'ai retrouvé la même transparence, la même énergie inépuisable que sur le KA S 450, encore magnifiée si c'était possible ! Dans une pièce de dimensions très réduites, le contrôle des KA M 1200 sur les enceintes est tel que la scène sonore échappe totalement aux barrières qui la contiennent. Et toujours avec ce mélange d’énergie et de délicatesse, cette qualité de timbres d’un naturel évident, qui fait briller et s’envoler les cordes des guitares de John McLaughlin, Al Di Meloa et Paco de Lucia ou tonner les éclairs de l’intro de « Brothers in Arms » de Dire Straits. Un moment exceptionnel de plus à mettre au crédit des amplificateurs Karan…


Système d'écoute :
J'ai eu l'occasion d'écouter le Karan KA S 450 sur une très grande variété de systèmes au cours de ces deux dernières années. Cet appareil est sans aucun doute capable de faire fonctionner la quasi-totalité des enceintes haut de gamme du marché (B&W 800, Dynaudio Evidence, ProAc D100, Linn Klimax, Cabasse Karissima, Wilson Audio Alexandria, Thiel CS 3.7, Apertura Altra...), quel que soit leur rendement. Pour partager ma vie depuis déjà plusieurs mois avec cet appareil au sein de mon système personnel (Lecteur Linn CD 12, préamplificateur Linn Kisto, enceintes Linn Akurate 242), je sais que sa neutralité ne plaira pas à tout le monde, même si je n'ai pas encore eu de plainte à son sujet pour l'instant !
Mais après tout, le son, comme toutes les passions, est avant tout une affaire de goût et de plaisir ! A vous d'écouter...


Fiche technique : Karan KA S 450

  • Dimensions : 500 x 235 x 590 mm
  • Poids : 76 kg
  • Puissance RMS : 450/810/1500 W sous 8/4/2 Ohms
  • Rapport signal/bruit : > 112 dB à la puissance nominale, sous 8 Ohms
  • Réponse en fréquence : DC – 300 kHz + 0/- 3 dB
  • Facteur d’amortissement : > 10 000

Lien vers le site de
Karan Acoustic


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