
Introduction
Une conception solide comme le roc
À l’écoute : douceur et volupté au pays des transistors…
En conclusion
Lien vers la fiche technique
À l’écoute : douceur et volupté au pays des transistors…
Comme beaucoup d’amateurs de musiques modernes, j’avoue un penchant certain pour les amplificateurs à transistors, dont j’apprécie la rapidité, la tenue dans les basses fréquences et les capacités dynamiques, sans pour autant négliger les qualités de timbres et de spatialisation offertes par un bon montage à tubes.
Dans ce contexte, je comprends parfaitement la démarche de Dan Wright et j’apprécie à sa juste valeur ce que le tube peut apporter à la préamplification du signal – le LS36.5 en est un exemple éclatant – dès lors qu’il est associé à un amplificateur puissant capable de rendre justice à sa fluidité et à son pouvoir de résolution.
D’ailleurs, le KWA 150 a été conçu pour « sonner » comme un amplificateur à tubes, sans les limitations de puissance qui s’y rattachent. Une démarche subjective qu’il faut prendre en compte au moment de tester cet appareil impressionnant qui propose ses 38 kg habillés d’aluminium pour « seulement » 5995 euros. Évidemment, c’est une somme, mais lorsque l’on connaît le prix d’un intégré à tubes de haut de gamme, qui ne délivre, dans le meilleur des cas, que quelques dizaines de watts, on se dit que si son ramage se rapporte à son plumage – et à sa puissance abondante – l’acheteur d’un ModWright en aura pour son argent !

Associé au préamplificateur LS36.5, le KWA 150 fait assurément partie de ces appareils auxquels on s’attache - ou pas - justement, pour son caractère. Il suffit pour s’en convaincre de partager quelques moments délicieux avec le violoncelle de Janos Starker, interprétant les suites pour violoncelle de Bach (un enregistrement Mercury Living Presence, bien meilleur encore en vinyle  qu’en CD…). D’origine, le disque offre une palette tonale d’une grande richesse, malgré une certaine forme de sécheresse dans le bas du spectre en CD que les ModWright transcendent pour se rapprocher du vinyle. Le KWA démontre ici sa capacité à reproduire la moindre inflexion du signal sans qu’il soit en cela nécessaire de monter le son, et la chaleur qu’il ajoute au message rend à la caisse du violoncelle une consistance qui donne de l’épaisseur au jeu de Starker. Rien de caricatural, tant le ModWright sait différencier les timbres avec délicatesse. On retrouve bien cette douceur et cette sensualité, notamment dans le haut du spectre, qui fait tout le charme d’un amplificateur à tubes. Sauf, qu’ici, il n’est pas question de se limiter à quelques watts avec toutes les contraintes qui peuvent en découler en matière dans le choix des enceintes.
 Des watts, le KWA 150 n’en manque certainement pas, comme il me l’a de nombreuses fois prouvé ces deux dernières semaines, alors que je lui demandais de tenir sans broncher les accords électroniques de Royksope et les basses insensées du dernier Massive Attack sur mes Linn 242 et leur 87 dB de rendement. Le ModWright tient les enceintes sans broncher, en modulant les basses avec cette aisance caractéristique des amplificateurs capables de délivrer beaucoup de courant. Pour autant, si sa bande passante ne peut être remise en cause, le KWA refuse ostensiblement de tomber dans la violence ! Cela se concrétise par la douceur et la fluidité qu’il sait imprimer à tous les disques, cette qualité de microdynamique qui le rend particulièrement vivant à bas niveau, notamment sur des suites pour violoncelle ou un trio de jazz… Mais si vous êtes un adepte de la rapidité et des attaques fulgurantes à faire battre le cœur, passez votre chemin, le KWA 150 n’est pas fait pour vous ! Dans ce domaine, il existe d'autres appareils sur le marché susceptibles de vous en donner plus pour moins cher...
Son truc à lui, c’est cette liquidité qui donne envie d’écouter de la musique une journée entière, sans fatigue auditive, même à fort niveau. Branché sur mon préampli Linn Kisto, le KWA 150 sait pourtant bander les muscles et pourra même se montrer ponctuellement un peu « dur » si les câbles ne lui plaisent pas et qu’il fonctionne avec un courant réduit. Mais si vous placez la petite clé sur la position « haut courant », le KWA 150 délivre une très belle palette de timbres dans le haut du spectre, très proche de celle d’un amplificateur en pure classe A.
Homogène d’un bout à l’autre de la bande passante, il n’en rajoute pas une miette dans le bas du spectre, au point, à mon goût, de marquer un peu le pas dans ce domaine par rapport à certains de ses contemporains de prix équivalent. Le grave est bien tenu, bien que je sois habitué à plus de tension et de rapidité sur les transitoires. Sur le morceau « On & On » du disque d’Erykah Badu, Baduizm, la basse surdimensionnée souhaitée par l’ingénieur du son est bien dessinée et timbrée, mais elle manque un peu de mordant et d’extension subjective par rapport à mes références lorsque l’on se laisse aller sur le potentiomètre de volume. Une impression de timidité relative sur les grands écarts de dynamique que l’on retrouve lorsqu’il est associé au préampli LS36.5, alors que celui-ci ne se gène pas pour communiquer l’exubérance du disque lorsqu’il est relié à mon Karan KAS 450 ou au Linn AV5105. Il s’agit donc bien d’un parti pris de ses concepteurs.
En contrepartie, le KWA 150 délivre un médium aigu somptueux, jamais cannibalisé par un grave boursouflé ou mal maîtrisé. Sur les ProAc Response ‘D’ Two, qui adorent les amplis à tubes et ceux qui frisent avec la classe A, le ModWright séduit immédiatement. Sur la voix délicate d’Eva Cassidy, la chaleur et la sensation de présence donne même la chair de poule ! S’agit-il d’une restitution totalement neutre ? Non, assurément pas, sans que l’on puisse parler de coloration racoleuse. Mais le ModWright semble arranger la sauce subtilement, avec ses propres ingrédients, pour délivrer une épaisseur et un velouté torride à toutes les voix ! Une caractéristique qui ravira les amateurs de tubes mais plaira moins à ceux qui recherchent avant tout la transparence et la neutralité absolue, si tant est qu’elle existe...
 Il y a un autre domaine dans lequel le KWA 150 se distingue : l’image stéréo qu’il sait mettre en place en toute circonstance. Large et profonde quand il le faut, intime et réaliste sur une petite formation, la scène sonore efface facilement les enceintes pour s’imposer à la pièce d’écoute. Sur le Live d’Hadouk Trio Baldamore, enregistré au cabaret sauvage, je retrouve l’atmosphère si plaisante du concert, à travers une sensation d’espace et une focalisation impressionnante de chaque instrumentiste. Enveloppé par la scène sonore, l’auditeur se laisse aller naturellement au plaisir d’être immergé dans la musique, et monte le niveau pour profiter de l’énergie que le ModWright sait insuffler au système. Les plans sonores sont parfaitement définis, avec la batterie de Steve Shehan légèrement en retrait du doudouk de Didier Malherbe, alors que les nappes du clavier de Loy Ehrlich envahissent la pièce sans la saturer…
Une écoute toute en subtilité, énergique sur la gumbass de Loy Ehrlich, lumineuse sur le hang de Steve Shehan ou sur le saxophone soprano de Didier Malherbe, qui ravira les amateurs de tube, trop heureux de pouvoir profiter de l’expressivité et de la musicalité sereine qui les caractérisent sur une paire de colonne de rendement moyen… et à niveau réaliste !
En conclusion
Dan Wright voulait réaliser un amplificateur à transistors ayant les caractéristiques tonales et l'image stéréo d’un montage à tubes : c’est réussi ! Bande passante importante, médium somptueux de douceur et de précision, image sonore tridimensionnelle, tout est là ! Mais si le KWA 150 profite de ses transistors pour délivrer une puissance importante et un très bon contrôle dans les basses fréquences, il préfère jouer la carte de l’homogénéité et de la fluidité à celle de la rapidité et de la neutralité. Un parti pris parfaitement assumé qui se traduit par une écoute d’une douceur remarquable que l’on prolongera avec plaisir, sur une grande variété d’enceintes. Chaleureux dans tous les sens du terme, le ModWright est un séducteur qui s’assume et sait se tenir en évitant la caricature. Un appareil musical et puissant qui devra pourtant se faire une place au milieu d'une concurrence huppée qui ne s'endort pas sur ses lauriers. Nul doute qu'il trouvera dans ses formes généreuses et sa finition pleine d’allure de quoi séduire les amateurs de beaux objets.
Système d'écoute :
Sources : drive C.E.C TL51X Van Medevoort, enregistreur Nagra VI (utilisé en tant que convertisseur N/A et lecteur de fichier), lecteur réseau Linn Akurate DS ; préamplificateurs : Linn Kisto et ModWright LS 36.5 ; amplificateur : Karan Acoustics KSA 450 et Linn AV5105 ; enceintes : ProAc Response 'D' Two, Linn Akurate 242 ; caisson de basses : Linn AV5150 ; câbles de modulation : Cardas Golden Cross asymétrique, Linn Silver Interconnect symétrique et asymétrique, MBL symétrique ; câble numérique : Audioquest RF-X ; câble HP: Linn K400, Cardas Golden Cross ; accessoires : pieds HRS Nimbus et plaquette amortissante HRS Damping Plate MK II ; barrette et câbles secteurs Neodio PW1 et PCO |
Fiche technique :
Dimensions (L x H x P) : 457 x 216 x 457 mm
Poids : 38 kg
Puissance : 150 W sous 8 Ω, 250 W sous 4 Ω en stéréo – 450 W sous 8 Ω, 650 W sous 4 Ω bridgé en mono (mesuré pour 0,5 % de THD !)
Plancher de bruit : - 100 dB
Bande passante : 10 Hz – 100 kHz (+0, -1 dB)
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