Accueil Actualité Le mythe de la maison close du XIXe fascine toujours avec la trilogie Les Filles de Joie

Le mythe de la maison close du XIXe fascine toujours avec la trilogie Les Filles de Joie

Qu’il s’agisse du XIXe siècle ou bien de notre ère, la figure de la prostituée souffre de nombreux préjugés. L’écrivaine passionnée Lise Antunes Simoes est l’auteure derrière la série de livres Les Filles de Joie. Trois tomes, dont le premier s’intitule Le Magnolia. Cette ancienne auteure de fanfictions est passée par l’autoédition. Publié chez les Éditeurs Réunis, ce premier tome présente une couverture mystérieuse. L’image est une femme brune, portant un corset rouge satiné, ainsi qu’un bracelet et un collier de perles blanches. Une esthétique qui rappelle le film français de Bertrand Bonello, avec Noémie Lvovsky, L’apollonide : souvenirs de la maison close, sorti en 2011. Dans ce drame réaliste, l’histoire se déroule en plein cœur de Paris, à la même époque. La trame pointe du doigt la rivalité entre les prostituées travaillant au sein de ce « bordel », mais également la solidarité et l’entraide. Ce thème est particulièrement creusé et exploité dans ce premier tome, qui annonce une suite riche en rebondissements…

Le personnage principal de l’intrigue se prénomme Victoire. C’est une jeune fille de dix-sept ans, issue d’une famille où les hommes sont rois et où les femmes doivent se taire. La mère soumise n’ose affronter le jugement implacable du père, gérant un commerce de l’ébénisterie. En dépit de son genre féminin, associé à la délicatesse et à la douceur, Victoire est plus douée que ses frères pour tailler le bois. L’image du « garçon manqué » lui correspond plutôt. Tous les usages réservés au sexe fort ? Elle les adopte. Détachement émotionnel, tabac, relations charnelles…

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Mais en cette époque fondamentalement misogyne et étouffante pour les femmes, celles-ci sont considérées pour leur seule compétence à engendrer. Malheureusement, Victoire tombe enceinte d’un jeune homme tout aussi insouciant qu’elle. Il n’est donc pas surprenant pour le lecteur de découvrir la réaction terrible de sa famille et plus particulièrement du père — qui la renie totalement, l’insulte et la rejette. Ses frères et son entourage refusent de lui apporter une quelconque aide : la voici abandonnée, face à la réalité d’une vie où il ne fait pas bon d’être une femme célibataire et attendant un enfant qu’elle ne désire pas.

Face à cette grossesse dramatique, Victoire n’a d’autre choix que de se prendre en charge seule. Elle qui a connu le confort douillet d’une famille indifférente, mais relativement aisée, la protagoniste va recevoir les conseils du curé de sa paroisse. Celui-ci a trouvé un endroit pour la jeune fille, qui rêvait tant de voyager. Malheureusement, une fois de plus, celle-ci va déchanter en découvrant les conditions de vie déplorables et à la misère qui l’attendent. Au terme d’une grossesse peu excitante pour la future « mère », celle-ci abandonne l’enfant. Complètement obsédée à l’idée de vivre libre, Victoire doit se résoudre à la dureté d’une existence endettée. Pour payer ce loyer, elle va devoir réduire ses dépenses, mais cela ne suffit pas. Soudain, alors que tout espoir semble vain pour cette jeune fille qui débute si rapidement dans sa vie d’adulte, une proposition tombe à pic. Une femme mystérieuse et élégante lui soumet une offre, qu’elle peut accepter ou de refuser…

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Après un moment d’hésitation, l’ouvrage s’attaque enfin à la description et à l’introduction de la fameuse maison close, qui porte le titre du premier tome de la trilogie.

Au Magnolia, la tenancière Madame Angèle gère son établissement avec autorité. Très attachée à sa liberté et à son indépendance, Victoire saisit l’opportunité. C’est ainsi que débute l’ascension en dents de scie d’une fille que rien ne prédisposait à devenir le trésor d’un bordel à Montréal… Ses origines et ses jeunes années sont rapidement balayées. Lorsque le ventre grogne, il n’est pas question de ruminer le passé. Très vite, Victoire retrouve des bribes de ses rêves et de ses lectures passionnées. Cette esthète adore la beauté des bijoux, parfums et autres cosmétiques luxueux. La maison close est composée de chambres subtilement décorées, d’objets qui rappellent des cabarets comme le Moulin Rouge. En réalité, derrière cette opulence se dissimule avant tout le désir de satisfaire les hommes et de contrôler les femmes qui travaillent dans cet endroit confiné, où elles n’ont pas le droit de sortir seules.

Ce premier tome Le Magnolia pose les bases d’une intrigue qui mérite d’être découverte. Le personnage principal Victoire est à la fois insouciant et rusé, créant une ambivalence intéressante, qui donne l’impression que ce personnage cache un potentiel d’intelligence phénoménal. Chaque protagoniste est décrit simplement, ce qui permet au lecteur de s’en faire une image très rapidement.

Très en avance sur son temps, les sœurs Brontë ont considérablement marqué la littérature classique… Dans une ligne plus conventionnelle, cette trilogie devrait convaincre les amatrices de romans érotiques où l’aventure et le suspens sont de mise.

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