Par Antoine Gresland
Dans les bacs depuis le 27 août 2009

« Qu’y a-t-il dans l’amour du jazz ? La beauté, la nostalgie, l’excitation, la jeunesse, la révolte, tout cela sans doute. Mais d’abord le goût des chemins nouveaux, le vif désir de l’inouï »
Ces très belles paroles extraites de la préface du livre Jazz Black Power de Philippe Carles et Jean-Louis Comolli qui ouvre le livret du nouveau disque de Raphaël Imbert, New_York Project, résume parfaitement le voyage que le musicien nous propose de faire avec lui.
En 2003, Raphaël Imbert partait pour New York, grâce à une bourse de la Villa Medicis hors les murs, pour s’imprégner des témoignages et des archives de l’histoire musicale exceptionnelle entreprise par la communauté afro-américaine. Une rencontre avec une ville qui l’a visiblement bouleversé, puisqu’en 2009, il décidait d’y revenir pour réaliser son projet, en prenant pour base ce patrimoine inestimable pour l’emmener vers le futur.
La base, elle est là, au début du disque, avec une magnifique version de « Echoes Of Harlem » de Duke Ellington, comme une évocation toujours d’actualité de ce quartier où tout a commencé. Elle est aussi dans le dernier titre du projet « Central Park West », parce que l’on ne peut pas parler du jazz à New York sans jouer John Coltrane. Mais au-delà de ces deux morceaux, classiques si l’on peut dire, tant le saxophone de Raphaël Imbert excelle à y superposer son propre vocabulaire, il y a un autre univers, mystique et contemporain à la fois, dans lequel le compositeur s’expose et se dévoile tour à tour inspiré et novateur ; jusqu’au limite du free jazz . Une évocation de la ville, New York, ambiguë et cosmopolite, avec « Struggle For Manhattan’s Life ». Une forme presque évidente de musique religieuse, à la gloire du jazz, dans le sanctuaire des cloîtres : « Cloisters Sanctuary », qui nous donne aussi l’occasion d’apprécier la contrebasse superbement mélodique de Joe Martin. Sans oublier les quatre volets de la suite « The Zen Bowman », en hommage au philosophe allemand Eugen Herrigel, adepte de la méditation, entraînée par les arabesques d’un saxophoniste brillant parfaitement secondé par un duo basse – batterie (Gerald Cleaver, remarquablement subtil et léger) au service du morceau.
Mais il n’est point besoin de toutes ces références pour apprécier, simplement, le jeu et l’implication totale de Raphaël Imbert dans son art. Avec ses deux compagnons de route, il forme un trio d’une rare cohérence, animé à la fois par le désir d’innover, tout en restant respectueux de la mélodie.
Un très, très beau disque, qui mérite plusieurs écoutes pour se laisser totalement appréhender. Du jazz du vrai, pour un projet qui pourrait bien devenir un futur grand classique du répertoire.
La musique : ******
Un peu de technique :
N_Y Project a été enregistré, naturellement, à New York, et mixé à Paris. Le résultat est une image fidèle du trio, très bien spatialisée, qui met parfaitement en valeur le talent d’instrumentiste de Raphaël Imbert, la frappe maîtrisée de Gerald Cleaver ; mais aussi la contrebasse inventive de Joe Martin, grâce à un grave parfaitement dessiné, à l’arrière-plan. Une réalisation tout en nuance qui sonne aussi bien sur un petit que sur un gros système.
Le son : ******
Raphaël Imbert
N_Y Project
Chez Zig Zag Territoires
Lien vers Zig Zag
À écouter du même artiste :
Raphaël Imbert Project : Bach / Coltrane
Le précédent album de ce musicien éclectique, mystique et baroque, se proposait de faire un pont au-dessus du temps entre la musique fondatrice de J.-S. Bach et le génie de John Coltrane. Un disque magnifique à la croisée des chemins.
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