Samedi 24 janvier,
Kamilya Jubran est seule sur scène ce soir avec son oud, dans la grande salle de l’institut du Monde Arabe, pour présenter son nouveau disque : MAKAN. Un disque qu’elle a voulu comme l’expression de ses sentiments contradictoires : « (…) l’espace dans lequel j’évolue grandit, s’élargit, et les possibilités se multiplient, alors que mon espace privé se rétrécit de plus en plus. J’arrive à trouver mon propre espace dans ma mélodie. »
Sa voix sensible semble monter vers le ciel, portée et sous-tendue par l’instrument qu’elle tient sur ses genoux. Une douceur, comme du miel, une plainte aussi, un cri parfois, qui me touche au plus profond de mon être, comme si son chant pouvait transcender le sens de cette langue magnifique, l’arabe, que je ne comprends pas. Une émotion sincère m’étreint pour cette femme superbe de dignité, pour la petite fille « Palestinienne de cœur » née à Akka, en Galilée, d’une mère couturière et d’un père luthier.
Avec
Makan, elle nous propose un voyage à travers les différents lieux que peut occuper un individu pendant sa vie. « Dix chansons fondées sur des textes contemporains en arabe écrits par des poètes que je connais personnellement, dont quatre poèmes écrits à ma demande. J’ai façonné autour d’eux des compositions pour ma voix et l’oud. »
Les paroles, d’une poésie poignante, vous les découvrirez traduites dans le livret qui accompagne l’album. Mais la voix de cette survivante, de cette voyageuse, porteuse d’un peu de l’âme de son pays et de sa langue, vous aura sûrement emporté depuis bien longtemps pour toucher quelque chose de sensible, qui résonne en chacun de nous. Un murmure, un appel déchirant, une mélodie tendre et parfois sensuelle, Kamilya exprime ce qu’elle a sur le cœur, et cela s’entend à chaque instant.
Un peu du soleil d’une région du monde qui tombe encore trop souvent sous la lumière des projecteurs d’une actualité douloureuse. Un témoignage puissant de cette culture qui ne veut pas mourir, et qui ne mourra pas tant qu’il y aura des artistes de la trempe de Kamilya Jubran pour porter aux oreilles du monde ce qu’elle peut nous offrir de plus beau.
La Musique : ******
Ecoutez un extrait de
Makan, "Yaday" :
Vers une interview de Kamilya Jubran
La technique au service de l’artiste
Makan est le premier disque de la collection «
pure » chez Zig-Zag territoires.
Une collection initiée par mon ami ingénieur du son et réalisateur
Philippe Teissier du Cros qu’il définit comme « (…) un temps de grâce, une œuvre poétique, un recueil pour mes plus heureuses rencontres avec tous ces grands musiciens dont l’art nous élève…»
Une définition qui convient tellement bien à ce premier disque empreint d’émotion et de sensibilité, dans le respect de la démarche de Kamilya Jubran, puisque son voyage spirituel se double ici d’une pérégrination autour de six lieux d’enregistrement près de Grenoble. Dans une église ou en plein air, la prise de son réalisée à quatre oreilles par Philippe Teissier du Cros et Franck Jaffrés, comprend l’espace autour de l’instrument, mais aussi parfois les oiseaux et les grillons, qui s’invitent à l’arrière-plan. La présence d’une voix infiniment modulée, l’oud, précis, lumineux, chaleureux, mais jamais contraint ou artificiel. Des ambiances différentes parfaitement retranscrites par un mixage et une réalisation qui profitent de la prise de son acoustique pour rester près de l’artiste, comme une confidence, un concert privé qui reflète son talent en s’effaçant devant la musique.