J’avais découvert la guitare et la voix de la chanteuse nord-américaine Pura Fe' à l’occasion de la compilation
Reservation Blues and More (voir
l’interview) sur laquelle elle défendait, parmi d’autres, la culture musicale du peuple indien tuscarora dont elle est originaire par sa mère. Pour autant, son nouvel album,
Full Moon Rising, dépasse largement le cadre du témoignage pour explorer, au contraire, de nombreux territoires musicaux différents. Il faut dire qu’en 74 min et 17 titres, Pura Fe' s’est laissé le temps de vagabonder ! Bien sûr, on ressent encore les influences puissantes du blues et du folk qui sont à l’origine de son art, mais elles sont ici parfois mâtinées d’électro, à l’image de « Border », qui met en valeur une guitare électrique très rock, avant de repasser la main à sa sœur acoustique à double manche. La voix énergique et parfois rocailleuse de cette femme de caractère a le rythme accroché aux cordes vocales et n’hésite pas à s’aventurer du côté du slam, sans jamais s’éloigner de ses origines.
« Women Sacred », « Duhangeh » ou le très beau « The Condor Meets the Eagle » (Le condor rencontre l’aigle) au titre évocateur ramène pourtant invariablement vers ce mélange de flûtes, de tambours et de chants typiquement indiens qui a fait sa réputation. Et le blues, le vrai, celui qui s’échappe de sa
lap steel guitar n’est jamais très loin, à l’image de « Hard Time Killing Floor », ou du très réussi « Mahk Jchi », sur lequel sa voix se fait plus douce et mélodieuse, rappelant Joni Mitchell à laquelle elle empreinte d’ailleurs le titre « Flight Tonight ». Un peu effrayé au départ par la durée de l’album (une heure et quart),
Full Moon Rising a su me séduire par l’ambiance si particulière qu’il arrive à installer en surfant sur les genres. Un disque plein d’humanité et de sensibilité, dont les paroles valent aussi le détour, entre la conscience politique et sociale et le questionnement personnel qui sont à la base de son engagement au côté des peuples amérindiens.
Une très belle réussite qui passera sans aucun doute de nombreuses fois sur ma platine.
Enregistré comme il se doit au studio Music Maker de la réserve indienne de Caroline du Nord, Full Moon Rising profite d’une production léchée qui met bien en valeur les arrangements réalisés par Pura Fe'. On échappe à une compression trop caricaturale, bien que j’aurais personnellement apprécié un peu plus d’aération et d’espace dans le haut du spectre. Reste que globalement, l’album passe bien sur un petit comme sur un gros système.