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Test : enceintes Kelinac 111 mg


La fidélité à la française !


Par Antoine Gresland




Kelinac 111 mg

Prix : 1600 euros la paire en cerisier et en merisier,
2000 euros en laqué noir.

Garantie 10 ans


Durée du test : 3 semaines



Date de publication du test : mai 2009








Il y a sans conteste une tradition française de l’enceinte acoustique de qualité. Et si nous avons la chance de pouvoir compter plusieurs grands constructeurs industriels de renommée internationale, il ne faudrait pas négliger ces artisans, dans le sens le plus noble du terme, qui cherchent inlassablement à communiquer leur passion à travers des produits patiemment mis au point pour délivrer le meilleur de la musique.

Je connais Patrice Nicoleau, le créateur de Kelinac, depuis ses débuts en 2000 et j’ai pu apprécier sa démarche pertinente au fur et à mesure du développement de ses enceintes, sans se départir d’une honnêteté et d’une neutralité qui en font aujourd’hui une marque respectée et appréciée au-delà de nos frontières. La petite enceinte de bibliothèque Kelinac 111 mg est la troisième de la gamme à s’équiper du tweeter magnésium qui a assuré le succès de la grande colonne 811 mg. Relativement compacte, elle arbore un évent en façade et une présentation sobre qui devrait faciliter son intégration tout en préservant, sinon la bande passante, tout du moins une qualité de timbres et une expressivité dignes de ses grandes sœurs 511 mg et 811 mg.



Une conception technique dictée par la neutralité


Patrice Nicoleau est un concepteur passionné et attentif et cela se ressent au contact de ses enceintes. Derrière son physique plutôt ordinaire, la 111 mg présente une construction haut de gamme, à commencer par son coffret en médite de 18 mm, plaqué merisier en interne comme en externe, afin d’éviter toute déformation dans le temps. L’ébénisterie, amortie en interne par du feutre de 20 mm, place l’évent du bass-reflex en face avant pour faciliter un placement assez proche du mur arrière.

L’enceinte deux voies, les mélomanes le savent bien, est une solution intéressante en termes d’homogénéité et d’image stéréo. Les deux haut-parleurs reproduisant l’intégralité de la bande passante étant disposés très près l’un de l’autre, on peut effectivement obtenir un excellent recoupement des lobes de directivité pour se rapprocher du point source idéal. Encore faut-il que les transducteurs soient d’excellente qualité et que leur mise en phase ait été peaufinée au niveau du filtre.


En matière de haut-parleurs, la Kelinac 111 mg reprend d’abord l’excellent médium de 13 cm déjà vu sur la 811 mg, la colonne haut de gamme du constructeur. Utilisé ici sur le grave et le médium, il bénéficie d’une membrane en carbone – kevlar et d’une suspension à forte élongation pour compenser sa faible surface. Dans le haut du spectre, c’est le tweeter de 25 mm à dôme magnésium et moteur néodyme qui prend du service. Pourquoi le choix d’un tweeter métallique ? Patrice explique : « Je trouve les transitoires plus franches et la tenue en puissance est meilleure avec un dôme rigide, c’est particulièrement évident sur le piano. Mais, évidemment, il faut choisir un métal adéquat pour le son… ». Le magnésium est un choix technique judicieux puisque ce métal entre en résonnance très haut, largement au dessus des fréquences qu’il doit reproduire. À la fois léger et rigide, ce transducteur offre à la 111 mg une bande passante étendue et une directivité quasi nulle : - 2 dB à 20 kHz à 30° d’angle !


Pour concilier ces deux haut-parleurs, Patrice a conçu un filtre du 2e ordre (12 dB/octave) avec une coupure assez basse du tweeter fixée à 2500 Hz. La mise au point a privilégié une mise en phase et une linéarité de réponse proche de l’idéal. Le câblage est réalisé en l’air avec du câble OFC de 2,5 mm2. Les condensateurs sont des modèles polypropylène SCR de grande qualité et la 111 mg a même droit aux nouveaux borniers WBT Nextgen 0710 Cu qui apportent une excellente qualité de contact et une absence de dureté dans le haut du spectre.



Écoute :

Bien que de petite taille, les Kelinac 111 mg se présentent ni plus ni moins comme une version miniature des grandes colonnes 811 mg. Une perspective réjouissante, quand on connaît les qualités de ces dernières ! Évidemment, leur petit volume et l’absence d’une troisième voie ne leur permettent pas d’afficher la même bande passante dans le bas du spectre, mais les qualités des deux voies en matière de cohérence et d’image stéréo sont bien au rendez-vous.

Il y a deux catégories d’enceintes de bibliothèque : celles qui essayent de se faire aussi grosses que le bœuf, et celles qui cherchent à profiter de leur configuration pour proposer une cohérence tonale et une image stéréo d’une grande précision. Dès les premières notes, on comprend que les 111 mg font partie de la deuxième catégorie. Fidèles à l’esprit de la maison, elles préfèrent reproduire avec brio une bande passante réaliste dans le bas du spectre, plutôt que d’afficher une bosse artificielle autour de 50, 60 Hz, pour faire croire qu’elles descendent plus bas.
C’est une question de goût, mais personnellement, j’apprécie beaucoup cette neutralité et cette rectitude, qui font des Kelinac 111 mg de véritables enceintes de haute fidélité sans tomber dans l’ascétisme d’enceintes de monitoring.

La première conséquence positive de ce parti pris technique réside dans la qualité des timbres et l’homogénéité que l’enceinte affiche aussi bien sur la voix d’Ella Fitzgerald que sur les instruments baroques qui accompagnent Anne Sofie von Otter dans l’Ariodante, de Haendel.
La Kelinac se montre ici à son aise, en dévoilant la richesse du jeu de chaque interprète, grâce à un haut du spectre remarquablement précis, mais qui ne verse jamais dans la caricature. Il n’est pas toujours évident de rendre la tessiture d’une soprano telle qu’Anne Sofie von Otter avec un tweeter métallique. J’ai déjà entendu des catastrophes dans ce domaine sur des petites enceintes bibliothèque qui la faisaient crier abominablement. Mais le filtre « aux petits oignons » de la 111 mg réussit à concilier les qualités de rapidité et de bande passante propre au magnésium sans provoquer ce petit soupçon d’agressivité qui agace, même s’il donne l’illusion d’une précision supérieure.

Pourtant, la précision, justement, est bien l’une des principales qualités de la Kelinac. On le ressent bien sur la spatialisation hallucinante de l’avant-dernier disque de Madonna, Confessions on a Dance Floor, sur lequel elles font littéralement exploser le cadre virtuel du triangle stéréophonique qu’elles forment avec l’auditeur, pour nous immerger dans la musique à travers des effets parfaitement ponctuels dans l’espace. Bluffant ! C’est aussi vrai sur le dernier album live à FIP d’Eric Bibb sur lequel elles n’ont aucun mal à nous faire croire que l’on se trouve dans le studio 104, malgré leur petite taille. Bravo pour la scène sonore !

Bien sûr, pour en arriver là, il faudra s’être donné la peine de les placer et de les alimenter convenablement. Les 111 mg ne sont pas, à proprement parler, difficiles à amplifier, mais pour découvrir l’étendue de leur potentiel, on aura tout de même intérêt à les nourrir convenablement d’une bonne quarantaine de vrais watts contrôlés, le surplus étant toujours le bien venu ! C’est à ce prix que l’on découvrira la très bonne assise dont elles font preuve, jusqu’aux limites de leur bande passante. Un bon contrôle des haut-parleurs permettra de descendre confortablement et de remplir facilement l’espace, pour peu que la pièce dans laquelle vous les installerez ne fasse pas cinquante mètres carrés. Disposées à une trentaine de centimètres du mur, sur des pieds bien stables, elles ne frustrent pas l’auditeur sur un bon vieux blues électrique et ce qu’elles ne peuvent pas donner dans l’infragrave, elles le donnent avec honnêteté jusqu’à 50 Hz, allant même jusqu’à se laisser aller à une petite sensation de pression acoustique le cas échéant. C’est ainsi que je me suis laissé surprendre par la netteté de la ligne de basse de « Toupie Valse » sur le dernier album Utopies d’Hadouk Trio. Pour des petites bookshelf de ce prix, les 111 mg donnent beaucoup à écouter, c’est une évidence ! D’autant plus qu’elles le font avec une joie de vivre et un sens du swing vraiment sympathique.
Nous l’avons constaté, les 111 mg ne rechignent pas devant la puissance, et ce, sans se désunir au passage, même à fort niveau. Pour autant, leur honnêteté et leur linéarité les prédestinent plutôt à des amateurs de jazz ou de musique classique qu’à des fondus de hard rock sauvage, qui trouveront sans doute qu’elles ne font pas assez de vent pour eux ! Sans manquer de dynamique, car elles sont capables d’énormément de subtilité, notamment sur le jeu complexe de Steve Shehan, le percussionniste virtuose d’Hadouk Trio, les 111 mg sont plus à leur aise dans la mélodie que dans le trash.


J’en profite pour évoquer une association particulièrement heureuse avec les 30 W en classe A du Sugden A21SE avec lequel j’ai effectué ma dernière écoute. Sur le disque Voyage de Youn Sun Nah (si vous ne la connaissez pas, vous manquez quelque chose!) la luminosité délicatement chaleureuse du Sugden convient à merveille à la linéarité sans faille de la 111 mg pour mettre en valeur la voix exceptionnelle de la jeune femme. Dans ces conditions, on oublie facilement la taille des Kelinac pour plonger dans la musique, frissons garantis... Il y a du plaisir dans ces petites boîtes-là !



En conclusion :

Les Kelinac 111 mg sont des enceintes de bibliothèque particulièrement attachantes ! Proposées à un prix réaliste, elles offriront de longues heures de musique à des mélomanes qui préfèrent entendre ce qu’il y a sur le disque que ce que le bass-reflex pourrait éventuellement ramener artificiellement dans les dernières octaves. Pour autant, elles démontrent une transparence, une neutralité et une bande passante réjouissantes pour des enceintes de cette catégorie ! Bien alimentées, elles démontrent que l’on peut faire une petite enceinte bibliothèque droite et rigoureuse sans tomber dans l’ascétisme. Il fera bon vivre longtemps avec les 111 mg, tant elles semblent douées pour reproduire l’espace sonore et le rythme, et vous inclure dans la musique. Une belle réussite donc, que je recommande à tous les mélomanes qui cherchent une enceinte compacte dévoilant une vraie fidélité de timbres.




Système d'écoute:
Source : Lecteur CD Linn Sondek CD 12, Lecteur réseau Linn Majik DS, Logitech Trasnporter ; Amplificateur intégré : Sugden A21SE, Préamplificateur : Linn Kisto ; Amplificateur : Linn AV5105 ; Câbles de modulation : Cardas Golden Cross asymétrique, Linn Interconnect asymétrique ; Câble HP : Linn K20, QED Original




Fiche technique :

  • Dimensions (H x L x P) : 34 x 20 x 26 cm
  • Poids : 8 kg
  • Réponse en fréquence (+/- 6 dB) : 50 Hz – 28 kHz
  • Efficacité (2,81 V/1 m) : 89 dB
  • Impédance nominale : 8 Ω
  • Puissance nominale : 80 W
    Finitions :
  • Bois : merisier, cherry ou naturel
  • Laquée : sur code RAL, noir « piano »





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