
Une écoute d’une saisissante musicalité
Je connais bien les préamplificateurs Linn pour les avoir – presque – tous eus dans mon système à un moment ou à un autre. Du premier LK1 et son entrée phono de course au préampli processeur Kisto, qui équipe aujourd’hui encore la rédaction, en passant par son ancêtre multicanal AV5103, le Kairn et sa phase inversée, sans oublier l’Exotik DA et l’Akurate Kontrol qui lui ont succédé, j’ai toujours apprécié leurs qualités musicales. Une capacité à moduler qui les distingue de certains préamplis transistorisés affichant parfois plus de transparence, mais peinant à restituer toute l’émotion d’une interprétation, autrement dit, la vie de la musique.
Théoriquement, un préamplificateur ne devrait pas avoir de son propre, et pourtant tous les audiophiles susceptibles d’investir une dizaine de milliers d’euros dans un préampli le savent bien : ce n’est presque jamais le cas ! Au contraire, de nombreux mélomanes s’en servent pour définir plus ou moins consciemment la couleur tonale de leur système, quitte à basculer carrément dans la chaleur et/ou la sensation d’aération propre à certains préamplis à tubes.
Je connais le Linn Klimax Kontrol depuis ses premières notes en 2002, et je me souviens m’être fait la réflexion qu’avec cet appareil le constructeur écossais venait sans doute de trouver le bon équilibre entre performances objectives et subjectives. J’avais d’ailleurs craqué peu après sa sortie pour le Kisto, un préampli processeur dont la partie analogique était directement dérivée de ses circuits, justifiant les quelque 13 000 euros exigés à l’époque pour son acquisition. Aujourd’hui encore, si ce dernier se montre distancé en termes de restitution multicanal par l’absence notable d’entrées HDMI et des processeurs DTS-HD et Dolby TrueHD auxquels elles donnent accès, il reste un grand préampli analogique, même comparé à des modèles beaucoup plus récents. Les deux appareils partageaient le même sens de la nuance, cette capacité à restituer la couleur tonale de chaque disque, tout en restant rapides et dynamiques aussi bien à bas qu’à fort niveau.
Pourtant, lorsque j’ai branché le nouveau Klimax Kontrol dans mon système, j’ai bien compris que le Kisto venait de prendre un petit coup de vieux ! Ce qui frappe d’abord immanquablement à son écoute, c’est justement sa capacité à la transparence, sans tomber dans la sécheresse ou dans l’hyperdétaillé. D’une certaine manière, sa personnalité tient justement dans le paradoxe qu’il n’en a pas ! C’est particulièrement flagrant lorsque je le compare au préampli Brinkmann Marconi que j’ai eu au même moment dans mon système. Relié au Karan KAS 450 ou aux blocs de puissance Brinkmann Mono, on comprend bien que le Brinkmann Marconi impose une certaine élégance, une fluidité « surréelle » qui en fait un compagnon exceptionnel sur de la musique acoustique, que ce soit en petite ou en grande formation, quitte à sacrifier un peu de rapidité sur les attaques. Je ne doute pas un instant que l’on puisse tomber amoureux de ce bel objet et de la musicalité subtile apportée par les tubes, notamment sur une formation baroque, une voix, une symphonie ou un trio de jazz, mais je ne suis pas sûr que l’amateur de musique plus roborative, de rock ou de pop travaillée y trouve systématiquement son compte.
En comparaison, le Klimax Kontrol apparaît plus polyvalent, justement parce qu’il impose moins sa patte à la restitution. Au contraire, ce préampli semble s’effacer devant la source pour laisser libre court à la personnalité du couple ampli-enceintes. Dans une comparaison frontale entre les blocs de puissance Brinkmann Mono et le Karan de la rédaction, on comprend exactement les caractéristiques de chacun, comme on ressent les infimes différences entre les sources et les disques avec une surprenante évidence. Par rapport au Kisto et à la précédente version du Kontrol, le nouveau apparaît ainsi plus franchement dynamique, plus ouvert et plus précis aussi, tout en offrant toujours cette homogénéité et cette neutralité qui le distingue de nombre de ses contemporains à transistors.
Sur le magnifique « Sueno Canto » extrait du disque Canto Negro d’Henri Texier, le système s’efface totalement devant la prise de son de la contrebasse, ne manquant rien du souffle du musicien (désolé Henri !) derrière son instrument, ou de la manière si variée dont il attaque les cordes. On entend parfaitement les nuances impliquées par le mixage, avec la sensation de deviner l’espace sonore qui se cache derrière chaque micro, tout en restant parfaitement homogène au cœur du tout. À la limite, le Klimax Kontrol me semble un peu moins précis que le fabuleux Lamm L2 Reference dans le haut du spectre, mais il affirme un grave d’une profondeur et d’une variété rares, parfaitement intégré au reste de la bande passante. Dans ces conditions, on peut choisir de se laisser aller à l’émotion musicale, à travers une sensation de réalisme prégnante qui tient autant à sa capacité à reproduire les moindres inflexions du signal qu’à dessiner les plans sonores dans l’espace, ou s’amuser à essayer de comprendre, en bon audiophile, le travail effectué à la production. Ici encore, il est surtout question de variété, tant chaque mixage et chaque prise de son affiche un caractère unique, à l’image de deux concerts très différents comme le… All this Time de Sting, enregistré en extérieur, et le Live à Fip d’Eric Bibb enregistré au studio 105 de Radio France. Dans le premier cas, on sent bien la matité résultante d’un enregistrement en champ libre, la sensation d’être assis à une table dans un jardin de Toscane devant une sono « aux petits oignons » qui ne peut pourtant pas égaler la présence d’un enregistrement issu d’un environnement contrôlé, beaucoup plus précis et réverbérant. Dans les deux cas, la sensation d’être en face des musiciens est confondante, mais le placement des instrumentistes dans l’espace est mieux défini dans la prise de son studio. Le Klimax Kontrol est d’ailleurs un redoutable juge de paix en ce qui concerne la définition des sources qu’on lui connecte, que ce soit en symétrique ou en asymétrique. La différence de musicalité entre les deux modes de connexion, à câble égal et de même marque, dépend d’ailleurs plus ici du fonctionnement du système que de l’appareil lui-même qui semble tout aussi à son aise avec l’un qu’avec l’autre. Un vrai bonheur avec le Karan qui préfère clairement le symétrique.
Car si le Klimax Kontrol fait étalage d’une transparence remarquable, il ne se transforme pourtant jamais en instrument de mesure. La voix d’Anne Sofie von Otter sur l’Ariodante de Haendel affiche bien cette légère surbrillance lorsqu’elle monte vers les cimes que je lui connais d’habitude, mais elle ne devient jamais stridente pour autant, pour s’intégrer naturellement, sans atténuation, à la prise de son. Cette bande passante et cette rapidité sur les transitoires prouvent que le Klimax laisse tout passer ! La douceur de velours de la voix d’Ella Fitzgerald comme les coups de caisse claire définitifs de John Bonham, le batteur de Led Zeppelin, ou les basses de « Mutual Core » de Bjork dans son dernier album Biophilia qui font vibrer la colonne vertébrale ! Dans le bas du spectre, je connais peu d’équivalents à la définition potentielle du Klimax Kontrol, une sensation d’épaisseur et de profondeur qui s’exprime avec autant d’évidence sur un clavier de Radiohead que dans les envolées lyriques d’une symphonie de Mahler. C’est ça aussi la polyvalence !
En conclusion
Avec le Klimax Kontrol, Linn propose le meilleur préamplificateur stéréo de son histoire ! Un mélange de précision, de contrôle et de transparence tonale qui en fait un phénomène musical à mettre au service de toutes les oreilles. Sans rien ajouter ni retrancher au signal, il parvient à rester polyvalent en évitant l’écueil de l’hyperdéfinition, tout en se montrant redoutablement sélectif envers la source. C’est vrai, on peut encore faire marginalement mieux en matière de définition, mais c’est beaucoup plus cher… et l’écoute ne sera pas forcément plus musicale. Car c’est son équilibre et sa neutralité qui en font, pour moi, l’un des meilleurs préamplificateurs actuellement sur le marché et justifient son prix, pour peu que l’on puisse se satisfaire de seulement quatre entrées. En tout cas, moi, je l’aurais bien gardé !
Fiche technique :
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Impédance d’entrée : 10 kΩ (asymétrique) – 7,8 kΩ (symétrique)
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Impédance de sortie : 300 Ω (asymétrique) – 600 Ω (symétrique)
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Réponse en fréquence : 2,3 Hz – 200 kHz
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Distorsion harmonique : 0,0025 % (1 kHz @ 0 dB/V)
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Diaphonie : entre les canaux et entre les sources : 116 dB/V
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Plage dynamique : 115 dB
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Dimensions (L × H × P) : 350 × 60 × 355 mm
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Poids : 9 kg
Système d'écoute :
sources : drive C.E.C TL51 Van Medevoort, serveur Aurender S10, enregistreur Nagra VI (utilisé en tant que convertisseur N/A et lecteur de fichier), lecteur réseau Linn Akurate DSII ; préamplificateurs : Brinkmann Marconi, Linn Kisto ; amplificateurs : Brinkmann Mono, Karan Acoustics KSA 450 ; enceintes : Linn Akurate 242, ATC SCM40, Harbeth P3ESR, ProAc Response D2 ; câbles de modulation : Cardas Golden Cross asymétrique, Esprit Eterna, Linn Silver Interconnect symétrique ; câble numérique : Esprit Eterna AES-EBU, MPC Audio Absolute coaxial ; câble HP : MPC Audio Abysse, Linn K400 ; accessoires : pieds HRS Nimbus et Millennium M-Puck et plaquettes amortissantes HRS Damping Plate MK II, barrette et câbles secteurs : Neodio PW1 et PCO, Fa Dièse Soprano et Mélodie II, Esprit Manta
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