
La petite bombe !
Par Antoine Gresland
Prix généralement constaté : 995 euros
Durée du test : deux semaines
Le constructeur norvégien Hegel a fait une entrée remarquée ces dernières années dans le monde de la haute-fidélité en proposant une gamme d’appareils au rapport qualité/prix détonnant ! Tournée vers le futur, la marque n’a pourtant pas l’intention de s’arrêter là et propose depuis quelques mois un petit convertisseur N/A universel, le HD 10 24/192.
Dans l’esprit de ses concepteurs, il s’agissait de concevoir un appareil complet, capable d’améliorer aussi bien un lecteur de CD de bas ou moyenne gamme qu’une source vidéo (DVD, Blu-ray, démodulateur satellite ou console de jeux) tout en offrant une solution performante à la musique dématérialisée. Le HD 10 propose ainsi, en marge de ses deux entrées, optique et coaxiale, une entrée USB et un programme de synchronisation intégré susceptible d’améliorer les performances d’une borne Apple Airport, d’un système Sonos ou de remplacer avantageusement la carte son d’un ordinateur.
Technologie et convivialité
En matière d’utilisation, il est effectivement difficile de faire plus simple que le Hegel ! Il suffit de le brancher et de choisir « USB audio DAC » dans le menu son de votre ordinateur, de sélectionner l’entrée correspondante en façade et le tour est joué.
 Côté technique, le HD10 peut compter sur l’expérience du patron de Hegel, Ben Holter, connu pour avoir mis au point la gestion des circuits des lecteurs CD Consonance avant de se lancer lui-même dans cette entreprise. L’ensemble des circuits, symétriques, tient sur une seule carte intégrant exclusivement des composants de surface, ce qui ne rend pas l’analyse fine de ses circuits facile ! Pour autant, le constructeur n’a pas été jusqu’à effacer les références des puces de conversion qu’il utilise, comme certains autres !... Les entrées optiques et coaxiales peuvent ainsi compter sur une paire de DAC 24 bits – 192 kHz Analog Devices AD 1955 utilisés en mode différentiel symétrique, alors que l’entrée USB est confiée à un DAC Texas Instrument (ex Burr Brown) PCM2704 optimisé pour un signal 16 bits – 48 kHz, conformément au standard de sortie USB.
La partie filtrage analogique et gestion proprement dite est plus difficile à appréhender, mais le constructeur norvégien s’est attaché, comme il se doit, à réduire le jitter à sa plus simple expression. Plus visible, l’alimentation a été particulièrement soignée pour délivrer une tension de référence la plus stable possible aux convertisseurs. Elle repose sur un beau petit transformateur torique et sur des capacités de filtrages de 30 000 μF qui feraient pâlir d’envie un petit amplificateur intégré !
La sortie symétrique XLR n’est pas là pour faire joli, puisque les circuits de l’appareil le sont également. On évitera d’utiliser des cordons secteur « audiophiles » qui ne plaisent visiblement pas à son alimentation pour se contenter du câble livré d’origine.
À l’écoute : des performances surprenantes compte tenu du prix.
Sur les trois morceaux choisis pour illustrer ce comparatif, le HD 10 nous gratifie de performances réjouissantes, aussi bien d’un point de vue objectif que subjectif. Bien sûr, il manque certaines qualités, notamment en matière de richesse harmonique et de précision, pour rejoindre notre référence. Mais sur un système de moyenne gamme, il fera franchir un pas considérable à une source située dans la même zone de prix et même, dans bien des cas, au-delà, grâce à une rare cohérence sur l’ensemble de sa large bande passante. Dans ce domaine, la liaison symétrique impressionne dans le bas du spectre, même si globalement le Hegel reste comme la plupart des machines de ce comparatif, plus fluide et modulé sur sa sortie asymétrique. C’est donc cette liaison que l’on privilégiera, à moins d’avoir un système totalement adapté à cette liaison.
Eric Bibb, Live à FIP - « Kokomo »
Sur « Kokomo », on a immédiatement la sensation d’avoir affaire à une restitution naturelle et équilibrée qui fait rebondir la musique avec une bonne humeur communicative. La scène sonore n’est pas d’une profondeur abyssale par rapport aux appareils les plus ambitieux de notre sélection, mais une fois encore elle est d’une belle homogénéité et le HD10 ne s’emmêle pas les pinceaux dans le bas du spectre, comme le Cambridge Dac Magic, qui se laisse parfois débordé par les événements. Il manque un peu d’épaisseur par rapport au Bel Canto sur la voix d’Eric Bibb, mais la sensation d’être en face de musiciens qui jouent ensemble est saisissante, si l’on considère le prix de l’appareil ! Du coup, je me laisse embarqué par la restitution sur mon gros système et j’oublie facilement les paramètres objectifs pour me laisser séduire par l’air qui circule entre les interprètes. La sensation d’être au concert est bien présente et séduit aussi sur le long terme par l’absence de crispation dans le haut du spectre.

PJ Harvey, White Chalk - « Dear Darkness »
Ce magnifique morceau de PJ Harvey, particulièrement difficile à reproduire, est l’occasion de découvrir à quel point le Hegel assure dans les dernières octaves à travers une énergie bien contrôlée qui permet de découvrir l’esthétique sonore particulière voulue par l’artiste. Le piano, un peu désaccordé et la voix haut perchée de la chanteuse américaine sont ainsi parfaitement contrebalancés par l’énergie fondamentale de la percussion, qui définit une base solide et équilibre l’ensemble. Mais plus important encore, le Hegel, avec son caractère franc et ouvert, sait aussi faire preuve de subtilité pour mettre l’auditeur en contact avec l’émotion. À la limite, on souhaiterait juste un petit peu plus de définition en profondeur dans les plans sonores. Mais, là encore, son homogénéité joue en sa faveur et le disque passe sans crispation aucune et l’auditeur se laisse facilement embarquer par l’ambiance si particulière du disque, bien respecté.
Hadouk Trio, Air Hadouk - « Lomsha »
Avec Hadouk, c’est la qualité des timbres qui est mise en avant, à travers les nombreux instruments qui sont utilisés par les trois musiciens. Ici encore, le HD 10 impressionne par sa fluidité et sa neutralité. Le message est clair, on a la sensation d’entendre beaucoup de choses et les timbres des instruments sont bien différentiés. L’ensemble est un peu simplifié par rapport à la référence, mais sans comparaison directe, on n’éprouve aucune sensation de manque, tant son équilibre suffit à rendre la reproduction vivante mais pas fatigante. Le bas du spectre, particulièrement riche lorsque Loy Ehrlich joue à la fois de la gumbass et de ses claviers sur le deuxième morceau du disque, descend avec conviction et une énergie qui n’est pas pour rien dans la sensation de rythme que le HD10 sait retranscrire.
Sur l’entrée USB :
Que ce soit à la sortie d’une Squeezbox Duet ou d’un ordinateur, le HD 10 améliore significativement la restitution qui semble immédiatement plus ouverte et plus précise. Une différence qui satisfera sans aucun doute la plupart de ceux qui souhaitent simplement raccorder leurs périphériques numériques externes à leur chaîne hi-fi, en offrant, par exemple, des qualités dynamiques très supérieures à celles que l’on peut obtenir avec la carte son d’un Mac, pourtant réputée, et même celles du Cambridge Dac Magic. Tout apparaît moins compressé, avec une image sonore bien focalisée et une sensation de profondeur étonnante sur des fichiers WAV. Néanmoins, il faut rester lucide : aussi remarquable que soient ses performances, le HD 10 n’est pas au niveau d’un lecteur réseau tel que ceux que l’on peut trouver dans un Naim Uniti ou dans le petit Sneeky DS de chez Linn. En revanche, il améliore grandement les performances d’un système Sonos en apportant une définition dans le bas du spectre incomparable et beaucoup d’air à la restitution.
En conclusion :
Le Hegel HD 10 est une machine particulièrement réussie ! Musicale, claire et vivante, elle offre des qualités dynamiques et une neutralité étonnante pour un prix très attrayant. Préférant l’homogénéité au sensationnel, le compromis qualitatif offert par ses circuits permettra de faire évoluer significativement un lecteur CD de milieu de gamme, et de transfigurer la restitution d’un lecteur de DVD – BD ou d’un décodeur TV câble ou satellite, sans aucune forme de lassitude. On apprécie aussi les bonnes performances de son entrée USB qui transcendent celles d’un ordinateur ou d’un Squeezbox Duet. Sans doute le meilleur rapport qualité/prix de ce comparatif.
Les notes d'EcoutezVoir :
Précision : 6/10
Dynamique : 7/10
Timbres : 8/10
Image stéréo : 6/10
Bande passante : 7/10
Musicalité : 15/20
Entrée USB : 13/20
Total : 62
(Référence : 90)
En savoir plus sur nos références...
Fiche technique :
Dimensions (L x H x P) : 210 x 60 x 260 mm
Poids : 2,8 kg
Entrées numériques : 2 coaxiales, 1 optique, 1 USB
Sorties lignes : 1 symétrique XLR, 1 asymétrique RCA
Réponse en fréquence : 0 Hz-50 kHz
Réponse en phase : filtre analogique à phase linéaire
Plancher de bruit : < 140 dB
Distorsion : moins de 0,001 %
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