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Test : Tout en un – Linn Majik DS-I




Le chaînon manquant



Par Antoine Gresland



Prix conseillé : 2990 euros

Durée du test : trois semaines

Date de publication : février 2010



Après avoir montré la voie courageusement avec ses les lecteurs réseaux en éléments séparés, il manquait tout de même une pièce essentielle au catalogue Linn pour faire face à une concurrence particulièrement vigoureuse dans le domaine des « tout-en-un » ou presque tout-en-un, si l’on se réfère au Majik DS-I qui n’est équipé ni d’un lecteur CD ni d’un tuner hertzien comme certains de ses contemporains. Un signe fort, quand on y pense, de la part d’un constructeur de cette envergure, qui a par ailleurs décidé d’arrêter la production de lecteurs de CD pour se concentrer exclusivement sur sa légendaire platine vinyle LP 12 et sur la musique dématérialisée.




Derrière son grand afficheur matriciel bleuté et ce boîtier désormais classique chez le constructeur écossais, le Linn Majik DS-I est un appareil résolument tourné vers le futur. Avec son lecteur réseau, son convertisseur N/A et son amplification dernier cri, cet intégré n’en oublie pas pourtant d’où il vient, puisqu’il incorpore cinq entrées analogiques ; l’une d’entre-elles pouvant être configuré pour recevoir une platine vinyle équipée d’une cellule à aimant mobile (MM) et même, en option, une bobine mobile (MC). On appréciera aussi la présence d’une entrée minijack et d’une prise casque 3.5 en façade, ainsi qu’une sortie ligne variable destinée à un bloc de puissance externe.



Une technologie de pointe maîtrisée


Présenté par le constructeur comme un concentré des innovations de son bureau d’études, le Majik DS-I reçoit les mêmes technologies que celles qui équipent les éléments séparés de la gamme Majik. Son lecteur réseau, relié à un disque dur externe NAS ou à un ordinateur, comprend la plupart des formats de fichiers : FLAC, ALAC, WAV, AIFF, AAC et MP3, jusqu’aux 24 bits – 96 kHz.

Les circuits sophistiqués du Majik DS-I font appel aux composants de surface pour faire tenir toute la technologie du constructeur sur une seule carte, afin de réduire au plus court le trajet du signal.(cliquez pour agrandir)


Sa partie préamplificatrice propose 11 entrées : 6 numériques optiques et coaxiales et 4 analogiques sur fiche RCA, plus celle, minijack, en face avant. Son amplification Chakra (brevet exclusif du constructeur) dispose de 90 watts RMS sous 4 ohms. Fabriqué à partir de composants de surface (CMS), les circuits du Majik DS-I ont été optimisés pour délivrer des performances de premier ordre, comme en témoigne son flatteur rapport signal/bruit de 117 dB et sa réponse en fréquence de 2,5 Hz jusqu’à 120 kHz (-3 dB). Il faut dire qu’il bénéficie, comme le reste de la gamme haute, de la dernière génération d’alimentation Dynamik à découpage, capable de délivrer instantanément et « proprement » une quantité d’énergie très importante.



Utilisation


L'arrière du Majik DS-I propose tout ce qu'il faut pour se connecter en analogique et en numérique. Une paire de relais infrarouge et deux ports RS-232 faciliteront sont intégration dans un système domotique.(cliquez pour agrandir)


À la sortie du carton, le Majik DS-I présente exactement le même physique, élégant et discret que le reste de la gamme Majik et Akurate. Il en reprend aussi la finition en tôle pliée qui habille désormais tous les produits du constructeur, à l’exception de la gamme Klimax. Au risque de me faire des ennemis chez les Écossais (ce qui n’est pas une bonne idée lorsque l’on connaît leur caractère entier !), je trouve que c’est un peu dommage, surtout lorsque l’on voit ce que certains produits beaucoup moins ambitieux proposent aujourd’hui… Voilà, c’est dit !

L'utilisation de la partie lecteur réseau du Majik DS-I est en tout point identique à celle des autres DS de Linn. Pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus, je vous invite à consulter le descriptif détaillé que j’en ai fait à propos de l’Akurate DS.



Une fois – vite – branché sur mon réseau prêt à l’accueillir, j’ai découvert que l’interface Songbook que j’utilise avec mon Mac, en attendant que Linn adapte celle qu’il a conçue pour les utilisateurs de PC aux amateurs de la Pomme permet, en plus de sélectionner les fichiers et de se constituer des listes de lecture, de choisir une entrée et d’agir sur le niveau sonore. Le top ! Comme il est compatible avec le standard de communication UPnP, j’ai aussi remplacé avantageusement la télécommande livrée d’origine par mon iPhone avec le petit programme Plug Player, téléchargeable depuis l’Apple Store, qui permet également de faire varier le niveau sonore. Il est bien loin le temps du programme « Linn Gui » qui pilotait les premiers DS chez Linn. Personne ne s’en plaindra… Reste à stabiliser ces applications tiers qui « plantent » encore régulièrement. Mais, pour le coup, Linn n’y est pour rien !



Écoute comparative



Le jour où le Majik DS-I est arrivé à la rédaction, les grandes colonnes Linn Akurate 242 étaient installées dans l’auditorium. J’avais bien l’intention de les remplacer par des enceintes plus en rapport avec la valeur et les performances de l’appareil, mais sur le moment, je l’avoue humblement, je n’en ai pas eu le courage !

L’occasion de constater, une fois encore, que tous les watts ne sont pas égaux devant la musique… ni devant la charge d’une enceinte. Très franchement, même si elles partagent le même nom, il est assez improbable que l’on branche une électronique intégrée à 3000 euros sur une paire d’enceintes qui vaut trois fois son prix…

Pourtant, le DS-I m’a épaté d’entrée, en délivrant une énergie et une bande passante étonnantes des dix haut-parleurs auxquels il se trouvait confronté ! Pas fainéant le bougre, à tel point que nous avons cohabité ainsi pendant deux jours sans frustration, du moins à niveau raisonnable.

Mais c’est sur les ProAc Response ‘D’ 2 que j’ai pu apprécier au mieux la qualité et l’homogénéité de ses performances. On est bien chez Linn : neutre et fluide, le Majik DS-I n’en fait pas des tonnes pour vous séduire, mais tout est là, aussi bien sur ses entrées analogiques que sur celles de son convertisseur N/A qui m’a très favorablement impressionné à partir de mon drive CEC. Sur le disque Ben Harper and The Blind Boys of Alabama, la première plage, « There Will Be a Light », est l’occasion de savourer le grave profond et lourd de la basse qui accompagne le groove implacable de ces old timers. Le DS-I parvient à contrôler remarquablement les ProAc, pour reproduire le bas du spectre sans traînage, avec une bonne sensation de puissance et une bande passante convaincante.

Le Majik DS-I a le sens du rythme et de la mesure, c’est incontestable. Ici encore, ses qualités dynamiques surprennent agréablement, comme la qualité de son convertisseur. D’autant que les ProAc ne sont pas tendres avec les appareils qui ne savent pas s’adresser à elles avec toute l’élégance nécessaire. Sans aucune trace de dureté ou de surbrillance, le DS-I fait ici étalage de sa neutralité pour faire immédiatement la différence entre les enregistrements.

You Must Believe in Spring , l’un de mes albums préférés de Bill Evans, lu depuis mon disque dur, témoigne également de la précision et de la fluidité remarquables du lecteur réseau intégré. On suit avec facilité les mains du pianiste, ce qui est loin d’être gagné d’avance sur ce disque, la ligne claire de la contrebasse d’Eddie Gomez et la délicatesse des balais circulaires d’Eliot Zigmund.

Une première semaine passée en sa très conviviale compagnie, témoigne du soin que le constructeur écossais a pris pour réaliser son intégré. Comme l’on pouvait s’y attendre, les résultats sont donc au rendez-vous, avec ce sens de la mélodie qui fait le charme des autres modèles de la gamme Majik. Cependant, pour répondre aux nombreuses questions qui me sont posées en ce sens, le DS-I ne peut pas rivaliser avec un ensemble composé d’un lecteur Majik DS et de l’intégré Majik I. Très impressionné par ses performances, j’ai même rapatrié un Majik DS sur mon meuble, à fin de comparaison. Il apparaît évident que ce dernier va plus loin sur tous les paramètres objectifs de la restitution : détails, scène sonore, bande passante… C’est mieux partout. La différence avec l’amplification de l’intégré Majik I est tout aussi flagrante, notamment en matière de tenue des basses fréquences et de l’énergie déployée.


Mais remettons les choses à leur place : si vous souhaitez faire évoluer votre système dans le temps, dirigez-vous vers des éléments séparés. Si, au contraire, vous cherchez à vous constituer un système complet pour longtemps, facile d’utilisation et déjà très convaincant, le Majik DS-I représente une solution particulièrement attractive. Suffisamment puissant pour se faire plaisir à des niveaux déjà répréhensibles par vos voisins, articulé, et surtout expressif, cette machine attachante ne manquera pas de vous mettre en contact avec l’intention des musiciens. À tel point, qu’il me semble difficile de trouver un équivalent en éléments séparés au même prix, ce qui n’est pas une mince performance étant donné la concurrence qui y sévit. Son convertisseur N/A de qualité représente aussi une belle occasion de redécouvrir vos films en stéréo, en améliorant considérablement les performances d’un lecteur de DVD ou de BD. D’accord, il lui manque un tuner hertzien pour être tout à fait complet. Mais avec l’avenir incertain de la bande FM, cela ne devrait pas constituer un handicap insurmontable, surtout que ses entrées analogiques transparentes vous permettront de palier facilement cet « oubli »…

Dans tous les cas, et quelle que soit la musique écoutée, le Majik DS-I est une belle réussite et complète, par le bas, une gamme devenue finalement assez élitiste avec le temps. L’aubaine de s’offrir les qualités « chères » au constructeur : neutralité, transparence, et dynamique, sans encombrer les étagères de votre salon.



En conclusion


Le Majik DSI remplit parfaitement le rôle qui lui a été confié par ses concepteurs : intégré en un seul boîtier un lecteur réseau, un convertisseur, un préampli et un amplificateur digne des standards de qualité de la marque. Une performance qui le situe sans aucun doute parmi les meilleurs tout-en-un du marché, même si on regrette un peu l’absence d’un tuner analogique, en attendant que la bande FM ne soit fatalement condamnée par le numérique. Convivial et polyvalent, il constitue une occasion rare d’acquérir une part de la technologie de pointe du constructeur écossais, sans pour autant rejoindre les éléments séparés de la gamme Majik, qui restent un bon cran au-dessus. Faisons simple : si c’est une solution compacte, pratique et performante que vous recherchez, peu d’autres systèmes dans cette catégorie de prix vous en donneront autant pour votre argent !




Système d'écoute :
Sources : drive C.E.C TL51X Van Medevoort, lecteur réseau Linn Majik DS; enceintes : Linn Akurate 242, ProAc Response 'D' Two, Linn Katan, Mordaunt-Short Mezzo 2 ; câbles de modulation : Linn, QED, Monster Cable ; câble numérique : Audioquest RF-X câbles HP : Linn K20 et K400, QED Original.


Fiche technique :

Lecteur réseau, convertisseur et préampli ampli intégré Linn Majik DS-I
  • Dimensions (L x H x P) : 381 x 80x 355 mm
  • Poids : 4,9 kg
  • Types de fichiers compatibles : FLAC, ALAC, WAV, AIFF, AAC, MP3
  • Convertisseur : 24 bits – 192 kHz
  • Entrées analogiques : 4 sur fiches RCA, dont une commutable en entrée phono MM
  • Sorties analogiques : 1 monitor (fixe), 1 pré (variable)
  • Entrées numériques : 3 coaxiales SPDIF, et 3 optiques TosLink
  • Sorties numériques : 1 optique et 1 coaxiale
  • Puissance de sortie : 2 x 90 W RMS sous 4 Ω
  • Réponse en fréquence : 6 Hz – 25 kHz (-3 dB sous 4 Ω)
  • Distorsion harmonique totale : < 0,002 %
  • Rapport signal / bruit : > 115 dB
  • Facteur d’amortissement : > 70












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