MBL et les One O One : Une certaine idée du bonheur
Par Antoine Gresland

Le système que nous avons eu le plaisir d'écouter pendant une dizaine d'heures était constitué des matériels suivants:
Source principale :
Base de lecture Mbl Drive 1621A - 20 900 €
Convertisseur Mbl DAC 1611F - 20 906 €
Sources secondaires :
MacBook Pro 17 pouces en réseau avec 13 disques durs MacWay Alu-Ice Quatro de 1 To
Carte RME FireFace 400 (conversion depuis le Mac du Firewire vers l'AES/EBU pour le DAC Mbl)
Platine vinyle Thorens avec bras SME9" et cellule Koetsu Onix Platinium
Option carte phono MC Reference pour le préampli Mbl - 1 698 €
Électroniques de contrôle et de puissance :
Préampli Mbl 6010D - 19 327 €
1 Paire de Mbl 9008 - 21 205 € pièce ou
1 Paire de Mbl 9007 - 14 848 € pièce
Enceintes :
Mbl 101E - 53 198 € la paire
Câblage :
Câble argent 4 conducteurs + tresse Mbl pour la modulation et la laison HP.
Où il est question de l’importance de la mise en œuvre dans le jugement d’un système de reproduction sonore.
Pour un passionné de matériel Hi-fi de très haut de gamme, comme pour le journaliste chargé de le tester, l’exercice le plus difficile consiste souvent à bénéficier d’une mise en œuvre réaliste, du temps et des conditions d’écoute nécessaires à se faire une idée juste de ce dont il est capable. C’est déjà vrai lorsqu’il s’agit d’un appareil sans compromis, lecteur, préampli, ampli, qui nécessite un temps de chauffe, un choix de câble et de partenaires susceptibles de libérer son potentiel. Ca l’est encore plus lorsque le sujet est une paire d’enceintes de très haut de gamme, souvent lourde et encombrante, qui demande une connaissance approfondie de ses particularités techniques et acoustiques pour espérer fonctionner convenablement.

Dans le cas d’un système complet du niveau de l'ensemble Mbl, les difficultés à réunir le matériel, à le mettre en œuvre dans des conditions décentes, avec le temps et l’expérience que cela implique, touchent à la quadrature du cercle. Surtout si l’on souhaite en profiter «normalement», c’est-à-dire vivre avec pour ne pas se borner à une analyse froide et technique d’un ensemble dont le but est tout de même de dispenser du plaisir à celui qui l’acquière.
Dans ce contexte, la découverte du système Mbl associé aux enceintes One 0 One, tel que nous avons eu la chance de l’écouter, est une véritable aubaine que nous souhaitons vous faire partager.
Il s’agit d'abord de remercier notre hôte, sans aucune forme de prosélytisme ou d’intérêt commercial. Thierry Kuntz, l’importateur de la marque allemande, est un vrai passionné qui n’a pas hésité à installer chez lui, dans son salon, un système Mbl complet dont il se sert tous les jours, pour comprendre et appréhender dans les meilleures conditions ses particularités techniques et musicales. Vous comprendrez dès lors qu’il eut été dommage de ne pas profiter de cette occasion pour découvrir sereinement, entre passionnés, ce concept hors du commun, rarement démontré par ailleurs, y compris chez les revendeurs. À leur décharge, il faut dire que l’ensemble des éléments qui constitue cet ensemble audio d’exception (sans même parler de son complément vidéo multicanal) ne manquera pas d’encombrer un auditorium, alors qu’il trouve naturellement sa place dans le living room d’une quarantaine de mètres carré d’un bel appartement bourgeois du 15e arrondissement de Paris.
Comme vous pourrez le constater sur les photos, le local n’a pourtant rien d’extraordinaire. Ce grand volume, constitué de deux pièces adjacentes, n’a d’ailleurs reçu aucun traitement acoustique spécifique et son parquet comme ses grandes fenêtres ne constituent pas l’idéal pour installer des enceintes « Full Range » telle que les One O One. Il faut d’ailleurs saluer ici la « relative » facilité d’intégration de ces enceintes dans une acoustique domestique, une caractéristique que l’on doit sans doute en partie à leur mode de fonctionnement particulier.
Petite description du système.
Évidemment, devant un tel amoncellement de matériel, je me bornerai à vous en décrire les plus flagrantes spécificités, vous laissant le soin de consulter le site Internet du constructeur (malheureusement en anglais et en allemand) pour de plus amples détails techniques.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que le système Mbl au grand complet ne manque pas d’allure, avec sa source CD drive-convertisseur et son préampli tout de noir vêtus, ses blocs de puissance gargantuesques mélangeant le chrome et l’acier poli et les fameuses Mbl 101E, imposant croisement entre une fleur extraterrestre et une pagode chinoise du 23e millénaire ! À la base de ses enceintes totalement originales, et ce dans tous les sens du terme, on trouve le concept de la sphère pulsante à 360°, la source omnidirectionnelle quasi ponctuelle qui fait rêver les concepteurs de transducteurs depuis plus de 30 ans.

Il aura pourtant fallu attendre la fin du XXe siècle, que l’on développe les technologies nécessaires à la mise en œuvre de matériaux tels que la fibre de carbone, le rhodium ou le magnésium pour que le rêve de Wolfgang Meletzky, fondateur de la société Mbl, se concrétise sous la forme de ces étranges monuments à la gloire de l’électroacoustique. Théoriquement parfaits, les transducteurs radiaux des 101 (constitués de lamelles de carbone pour le tweeter et le médium et d’un alliage aluminium-magnésium pour le haut grave) se voient seulement complétés dans l’infragrave par un 30 cm traditionnel afin offrir une bande passante allant de 24 Hz à 40 kHz. Offrir n’est pas tout à fait le mot, d’ailleurs, car si l’impédance moyenne des 101E s’établit à 4 ohms, leur rendement de 82 dB nécessite une puissance et une capacité en courant considérables de la part des amplificateurs pour pouvoir fonctionner dans de bonnes conditions à un niveau réaliste.
Pour les motiver dignement, Mbl propose plusieurs blocs d’amplification monophoniques de très forte puissance, utilisables en stéréo ou en mono. Nous avons d'ailleurs eu l’occasion de comparer une paire de 9007 et une paire de 9008, qui diffèrent plus par leur niveau de qualité que par leur puissance.
En matière de pré amplificateur, Thierry utilise le massif et ultra compétent 6010D qui permet un fonctionnement en symétrique ou en asymétrique.

En ce qui concerne la source, c’est le gros ensemble de lecture Drive 1621 A / convertisseur DAC 1611F qui est mis à contribution pour lire les CD, lorsque Thierry ne se sert pas de son MacBook Pro 17 pouces pour piloter un réseau qui peut compter sur 13 disques durs Mac Way Alu Ice Quatro de 1 To (13 au total dont 10 sont réservés au contenu audio vidéo). Le tout est branché sur une carte d’acquisition numérique RME FireFace 400 qui va se charger de transformer la liaison Firewire de ce dernier en AES/EBU destinée au convertisseur Mbl. On trouve encore une platine vinyle Thorens dotée d’un bras SME 9 et d’une cellule Koetsu Onix Platinium pour profiter de la vaste collection de galette du propriétaire via la carte phono MC Reference du préampli MBL. Cet imposant système stéréo se complète encore d’un complément 5.0 des plus respectables ! Une voie centrale Mbl amplifiée par un bloc monophonique 9007 et une paire d’enceintes 116 alimentées par une paire de petits blocs de puissance 8011 reconstitue l’ambiance des films que Thierry regarde sur son grand écran plasma Panasonic 65 pouces en dalle pro.
Une écoute majestueuse toute en puissance et en délicatesse
On attend forcément des performances exceptionnelles d’un système aussi impressionnant et coûteux. Une telle débauche de moyens n’est pourtant pas toujours le gage d’une écoute réussie, surtout lorsque le matériel ne dispose pas d’une acoustique particulièrement recherchée pour s’exprimer.
Dans ces conditions, force est de reconnaître que le concept omnidirectionnel des enceintes Mbl 101E prouve sa valeur en démontrant avec brio ses capacités musicales. Nous avons passé près d’une dizaine d’heures, Christian et moi, à écouter de la musique avec les Mbl, et nous sommes tombés sous le charme de cette approche hors du commun de la reproduction sonore.
Par déformation professionnelle, notre première écoute fut d’abord analytique, puisqu’il s’agissait de comparer les blocs de puissance monophoniques 9007 et 9008, qui affichent tous deux la même puissance de 400 watts, mais diffèrent par la capacité de leurs alimentations et… par leur taille ! Dans les deux cas de figure, on est clairement dans le très haut de gamme, puisque les 9008 coûtent tout de même 21 200 euros pièce… Ouf. Heureusement que les performances sont au rendez-vous !

Difficile de se rendre compte en image de la différence de taille entre le 9007 (à gauche) et le 9008 (à droite). Pourtant 10 cm en hauteur et 20 en profondeur séparent ces deux monstres, sans parler du poids qui double, tout simplement ! Une différence que l'on doit essentiellement aux alimentations surdimensionnées du 9008
À l’écoute, la différence entre ces deux mastodontes est parfaitement audible, surtout sur des enceintes aussi exigeantes en courant que le sont les One O One. Avec un rendement moyen de 82 dB, il est inutile d’espérer les faire fonctionner avec un amplificateur délivrant moins de 400 Watts sous 8 ohms et près du double sous 4, surtout si l’on souhaite profiter d’un niveau sonore réaliste.
D’une manière générale, le 9007 est un ampli au caractère joyeux qui n’hésite pas à s’exprimer avec conviction sur toute la bande passante. Nous l’avons notamment écouté avec plaisir sur l’album Bomboï de Rokia Traoré, le dernier Radiohead ainsi que sur le Xénophonia de Bojan Z. Dans tous les cas, le système s’est avéré déjà remarquablement musical et "impliquant", même si l’on pouvait noter ça et là quelques excès autant imputables au local d’écoute qu’à l’électronique.
Car je sentais confusément que l’on pouvait aller plus loin, notamment en matière de focalisation de l’image sonore et de tenue dans le grave. Effectivement, il serait dommage, si on en a les moyens, de passer à côté des 9008, seuls capable de libérer tout le potentiel de ces enceintes originales. Avec ces modèles, on gagne immédiatement dans tous les paramètres de la restitution, à commencer par la transparence tonale. C’est particulièrement flagrant sur le grain de voix de Rokia Traoré, dont je retrouve le côté tendu, presque sec dans le haut du spectre, parfaitement intégré à une scène sonore d’une rare profondeur. C’est tout aussi vrai sur le piano de Bojan Z qui gagne en aplomb et dont la taille apparaît réaliste dans la pièce.
Ainsi alimentées, les 101 apparaissent beaucoup plus neutres, mieux équilibrées, et démontrent des capacités dynamiques de premier ordre sur toute la bande passante. Avec les 9008, elles constituent donc un système de reproduction virtuellement sans limites, que ce soit en termes de modulation ou de niveau sonore. Douces et nuancées dans le haut du spectre, les One O One délivrent un médium d’une rare homogénéité secondé par un grave puissant, qui descend très bas en fréquence, avec du niveau, mais tout en restant contrôlé d'une main de fer par les 9008.
À ce titre, le grave phénoménal de «15 steps», le premier morceau du disque In rainbows de Radiohead est une gageure à reproduire avec tout l’impact et la sècheresse voulus. Déferlement de puissance contrôlée, sensation d’être dans la musique compacte du groupe anglais, immergé dans les effets sonores et heureux de l’être, car même à très fort niveau, le système Mbl n’est jamais agressif. Une très grande qualité que cette douceur, car à côté de cela, le système est capable de reproduire des attaques convaincantes, même si elles ne ressemblent pas à celle de transducteurs traditionnels. Entendons-nous bien : la pression acoustique est phénoménale, mais elle s’exprime à travers un front d’onde cohérent et homogène qui fait complètement oublier les enceintes.
J’avoue d’ailleurs avoir été très agréablement surpris par le pouvoir de focalisation des 101E. Compte tenu de leur principe de fonctionnement, je m’attendais à quelque chose de plus diffus, de moins précis, alors que le système sait aussi reproduire la caisse et les cordes de la contrebasse de Rémy Vignolo tout en marquant le contrepoint des tomes d’une batterie, bien détouré et lisible dans l’espace, malgré la profondeur et la largeur de la scène sonore. Dans ce domaine aussi, Mbl a donc réussi son coup, même si certains haut-parleurs coaxiaux, comme ceux que l’on trouve sur les très grosses enceintes TAD Reference One ou sur les Uni-Q des enceintes Kef de haut de gamme font encore mieux dans ce domaine.
Mais d’une manière générale, les One O One motivées par les blocs de puissance 9008 se montrent tout à fait à la hauteur de mes espérances ! Notamment sur le morceau " The Canyon " de Philip Glass où l’orchestre s’invite facilement dans le grand salon qui nous accueille, sans perdre en précision. Contrairement à certaines enceintes dites « omnidirectionnelles » telles que les Bolzano Villetri par exemple, on n'a jamais l’impression d’être devant une abstraction, un concept d’ambiophonie qui s’éloigne de l’idée que je me fais de la haute-fidélité. Avec les 101, on est en face d’une restitution transparente et l’on savoure cette scène sonore qui change clairement sur chaque disque, avec une restitution remarquable des ambiances, que seul un système de ce niveau est capable de reproduire à dimension réaliste.
En conclusion :
Au final, le système constitué autour des Mbl 101E nous a totalement convaincus, malgré son prix délirant ! Dix heures passées en sa compagnie ont su nous prouver le potentiel musical hors du commun de ces enceintes exceptionelles. Sans aucune forme de lassitude, nous avons appréciés leur polyvalence, à bas comme à fort niveau, et cette facilité à entrer dans la musique en s'abstrayant totalement du local dans lequel le système vient prendre place. Il apparaît pourtant évident que l’on pourrait aller plus loin encore dans une pièce mieux adaptée à ses performances, notamment dans le bas du spectre. Mais les blocs de puissance 9008 contrôlent tellement l’énergie mise à disposition des enceintes que l’on ne tombe jamais dans la caricature. Et l'on se laisse simplement aller au bonheur d’une écoute d’un rare naturel.
C’est vrai, l'ensemble Mbl démontre une esthétique sonore bien à lui. « Larger than life », il ne se montre peut-être pas tout à fait aussi rigoureux dans la focalisation de la scène sonore que certains autres systèmes du même calibre. Mais cette nuance (car c’en est une, à ce niveau global d'excellence) ne doit pas éluder l’extrême sensibilité, la sensation d’espace et les capacités dynamiques dont il est capable, et ce sur tous types de musique. En se portant acquéreur d’un tel monument, le mélomane averti s’assure d’abord une qualité de construction digne du prix demandé, un peu comme lorsque l’on achète une Bentley ou une Rolls, puis la certitude de posséder l’un des meilleurs systèmes de reproduction actuellement disponibles sur le marché. Un système homogène dont les qualités réservent de grands moments de communion avec la musique, sans aucune forme de lassitude, une sensation de puissance et de facilité indémodable qu’il fera bon vivre au jour le jour, tout seul ou accompagné.
Un must, tout simplement !
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